ATKINS CHET (1924-2001)

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Un des principaux créateurs du Nashville sound (« son de Nashville »), système de production des années 1960 tirant la country music vers des variétés affectées et sirupeuses, Chet Atkins fut aussi un guitariste au fingerpicking à quatre doigts, complexe et virtuose, comptant parmi les plus talentueux et les plus innovants de l'après-guerre.

Chester Burton Atkins naît à Luttrell (Tennessee) le 20 juin 1924. Son enfance, chaotique, est marquée par la pauvreté, une éducation sévère et une vie écartelée entre père et mère : il est le troisième enfant issu du deuxième des cinq mariages de son père ; Chet, qui souffre de plus d'un asthme rebelle le contraignant à rester alité durant de longues périodes, développe une passion pour les guitaristes de country music, de jazz et de blues qu'il écoute à la radio et sur les 78-tours de sa famille. Sous l'influence de son demi-frère Jimmy Atkins, il entreprend de jouer lui-même de la guitare sur le modèle de ses idoles : George Barnes, Django Reinhardt, Lonnie Johnson, Eddie Lang, Andrés Segovia, Charlie Christian et, surtout, Merle Travis, un des grands créateurs de la guitare country jouée en fingerpicking.

En 1942, Chet Atkins obtient son premier emploi de musicien professionnel en participant à une émission quotidienne de radio à Knoxville (Tennessee), dans laquelle il doit jouer un air différent de guitare au début de chaque programme. En 1943, une rencontre à New York avec le grand guitariste Les Paul laisse une trace indélébile et oriente encore davantage Chet dans la voie d'une country music fortement mâtinée de jazz.

Après avoir joué de la guitare dans plusieurs orchestres de country music, Chet Atkins est remarqué par le producteur de la grande compagnie discographique R.C.A. Steve Sholes, qui cherchait à Nashville un concurrent à Merle Travis, qui engrange à Hollywood succès sur succès. Atkins commence à partir de 1946 une riche carrière discographique. Canned Heat, White Heat, Dizzy Strings, Bug Dance, Nashville Jump, Galloping Guitar, Yakety Axe, Country Gentleman... sont des succès commerciaux qui installent Chet Atkins comme le guitariste le plus doué de Nashville. Ces titres sont aussi d'exceptionnels chefs-d'œuvre de virtuosité, de verve, de souplesse d'esprit et d'imagination.

Atkins est alors partout, enregistrant sous son nom autant que sous le couvert d'innombrables artistes, de Hank Williams ou des Carter Sisters à Elvis Presley. Il faut d'ailleurs souligner le rôle de Chet Atkins – qui joue dans de nombreuses séances de rock'n'roll – dans l'élaboration de la guitare rock. Nombre des caractéristiques de son jeu seront ouvertement reprises par la plupart des guitaristes nordistes ou britanniques du rock. Parallèlement, Chet, dont les idées musicales sont éclectiques, est progressivement associé à la production puis à la partie financière de ce qui est en train de devenir l'industrie du disque de Nashville, avec pour but avoué de rapprocher le plus possible la country music des variétés américaines, bien plus rentables financièrement.

L'empreinte du producteur Chet Atkins devient palpable sur presque toute la country music. Et, en 1968, Chet devient vice-président de la R.C.A., responsable de l'essentiel du Nashville sound. Peu à peu, Atkins, qui ne cesse d'enregistrer sous son nom – il gravera six cents titres ! – se concentre sur des pièces instrumentales élaborées, virtuoses, touchant à tous les genres, abordant tous les rivages musicaux jusqu'à s'associer à des orchestres de chambre ou à des orchestres symphoniques. Mais, en s'éloignant notablement du terreau original de la country music, sa musique se pare d'une élégance glacée qui semble givrer toute émotion. Si son jeu en finger-picking est toujours admirable, l'absence fréquente de feeling fait que ses innombrables disques finissent surtout par être utilisés comme musique d'ambiance.

À partir de 1975-1980, Chet a cependant fini par reconnaître être allé trop loin et a lui-même qualifié de dérive l'évolution de la country music vers une commercialisation à outrance. Il a ainsi souvent opéré un retour à ses sources, enregistrant plusieurs beaux albums, notamment en duo, en compagnie de Merle Travis, Doc Watson, Les Paul, Jerry Reed ou Mark Knopfler, leader de Dire Straits.

Quoi qu'il en soit, l'influence de Chet Atkins, qui meurt à Nashville le 30 juin 2001, a été énorme sur le cours de l'histoire de la country music, sur la propagation du jeu de guitare en fingerpicking (le français Marcel Dadi fut l'un de ses meilleurs disciples) et son œuvre, pour être très inégale, n'en recèle pas moins nombre de moments remarquables.

Galloping Guitar :The Early Years (Bear Family BCD 15714) présente en quatre CD l'intégrale du meilleur de l'œuvre du grand guitariste, entre 1945 et 1954. Guitar Man (RCA CD 75408) constitue une bonne sélection de ses enregistrements plus tardifs (1959-1973). Chet Atkins & Doc Watson : Reflections (Shanahachie 3896) est un magnifique album de guitare par deux grands virtuoses.

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  • Eugène LLEDO
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Pour citer l’article

Gérard HERZHAFT, « ATKINS CHET - (1924-2001) », Encyclopædia Universalis [en ligne], consulté le 01 décembre 2021. URL : https://www.universalis.fr/encyclopedie/chet-atkins/