CHANGELes théories du change

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Vers une unification des théories du change ?

Il est difficile de discerner une approche commune dans le foisonnement des théories du change. Le renouvellement des théories semble ainsi traduire plus un déplacement des préoccupations des économistes qu'un véritable rejet des anciennes théories. Ainsi l'objet des théories du taux de change s'est dans les années 1990 décalé de la prévision vers l'étude de la circulation de l'information et la définition de normes de change. Pour autant, les théories financières du taux de change (approches monétaires et par les choix de portefeuille), développées dans les années 1970 et 1980, ne sont pas véritablement rejetées. L'incapacité des modèles macroéconomiques à prévoir plus qu'une part marginale des variations de change peut s'expliquer en effet par la présence d'asymétries d'information et/ou par des bulles spéculatives. La déconnexion entre le taux de change et ses déterminants théoriques ne signifie pas nécessairement que ce ne sont pas les bonnes variables macroéconomiques qui ont été sélectionnées.

La finance internationale se heurte à une difficulté commune à l'ensemble des théories économiques, et plus généralement aux disciplines « non scientifiques » : l'impossibilité d'invalider définitivement une théorie par une expérience réalisée dans des conditions parfaitement contrôlées et reproductibles. L'économie se réclame pourtant du statut de science, soumettant ses hypothèses à l'épreuve des faits. La large collecte de données économiques permet de procéder à des tests statistiques d'un certain nombre d'hypothèses théoriques sur le taux de change. Mais il n'y a jamais l'assurance que les spécificités des données du passé permettent de tirer des conclusions suffisamment générales pour invalider définitivement une théorie. Il est donc très difficile de rejeter définitivement une théorie du taux de change, à moins qu'elle révèle une faille importante dans sa cohérence interne. Cela étant, l'accumulation de résultats similaires sur différentes périodes et divers taux de change finit tout de même par discréditer un certain nombre d'hypothèses théoriques. C'est ainsi, par exemple, qu'il y a un large consensus sur l'existence de déviations persistantes du taux de change par rapport à la parité de pouvoirs d'achats ; de même l'absence de prime de risque de change est une hypothèse largement rejetée, même si les estimations des primes de risques ne sont pas encore satisfaisantes.

Il faut nuancer l'impression d'éclatement donnée par la théorie du change. En effet, beaucoup d'explications théoriques sont davantage complémentaires que véritablement concurrentes. Ainsi, le rôle de la microstructure du marché des changes dans la diffusion des informations peut éclairer la dynamique du taux de change à court terme, tandis que les autres approches théoriques se concentrent davantage sur sa détermination à moyen ou à long terme. Un certain nombre de théories se rejoignent, en outre, sur des points essentiels. Par exemple, les modèles monétaires les plus sophistiqués rejoignent les modèles de choix de portefeuille en incluant une prime de risque de change. De même, les modèles de taux de change d'équilibre fondamental reprennent l'approche traditionnelle du taux de change par la balance des paiements, mais en intégrant les mouvements internationaux de capitaux, dont l'importance a été mise en évidence par la théorie des choix de portefeuille.

L'énigme de la détermination du taux de change fait ainsi l'objet de théories qui soit mettent l'accent sur le poids des anticipations et la lenteur des ajustements réels, soit relativisent le caractère erratique du taux de change à court terme et surtout à long terme.

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Pour citer l’article

Hélène RAYMOND-FEINGOLD, « CHANGE - Les théories du change », Encyclopædia Universalis [en ligne], consulté le 26 novembre 2021. URL : https://www.universalis.fr/encyclopedie/change-les-theories-du-change/