EINSTEIN CARL (1885-1940)

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Homme de toutes les remises en question, de toutes les avant-gardes aussi, Carl Einstein est indissolublement lié à la naissance et à l'aventure de l'art moderne. Son œuvre, par son engagement radical et ses multiples facettes, constitue une étape essentielle dans l'histoire des idées du xxe siècle.

Juif allemand, familier des cercles littéraires et artistiques aussi bien de Paris que de Berlin, lié à tout ce que l'Europe comptait alors d'esprits originaux et féconds, Carl Einstein a joué un rôle exemplaire de médiateur culturel à une époque difficile, marquée par des affrontements de tous ordres.

Journaliste-essayiste, il a su révéler à ses contemporains, en Allemagne comme en France, les œuvres littéraires ou plastiques qui faisaient date et mettre sa plume au service de ses convictions. Écrivain lui-même, il a tenté de forger un langage adapté à la sensibilité moderne et apte à transcrire une perception nouvelle du monde sensible. Enfin et surtout, critique et historien de l'art, il a su prendre l'exacte mesure des talents de son époque. Par la puissance et l'originalité de sa réflexion, sur l'art africain en particulier, il a fondé une théorie de l'art moderne qui s'inscrit dans la lignée des grands écrits esthétiques de tradition germanique, comme ceux notamment de Adolf von Hildebrand, Konrad Fiedler, Aloïs Riegl ou Wilhelm Worringer.

L'art, création d'un monde nouveau

Le 26 avril 1885, Karl Einstein (qui préférera très vite la forme latine de son prénom : Carl) naît à Neuwied, petite ville du Palatinat rhénan, dans une famille juive. Il grandira à Karlsruhe où son père, Daniel Einstein, est appelé dès 1888 aux fonctions de directeur d'un institut de formation religieuse, ainsi qu'au poste de secrétaire du Conseil supérieur grand-ducal des israélites de Bade. Rebelle, très jeune, à son milieu familial, Carl Einstein ne se plie ni à l'éducation classique, ni à l'éducation religieuse dispensée par son père, et sa vie durant il restera en dehors de la religion et des traditions juives. La mort prématurée de son père ne lui fait pas resserrer les liens avec sa mère et sa sœur Hedwig, qui épousera le sculpteur Benno Elkan. Dans sa Petite Autobiographie (1930) ainsi que dans de nombreuses notes inédites, Einstein exprime l'ennui profond et le dégoût qu'il a ressentis tout au long de son enfance et de son adolescence dans un monde figé et trop étroit pour lui.

Il gagne Berlin et s'inscrit en 1904 à l'université, aux cours de professeurs réputés et novateurs comme G. Simmel, U. von Wilamowitz, A. Riehl, K. Breysig et H. Wölfflin. Il étudie alors la sociologie, la philosophie, les langues anciennes, l'histoire de l'art. C'est une période de lecture intensive, de Kant et de Nietzsche en particulier, mais surtout du philosophe-physicien Ernst Mach, fondateur avec Avenarius de l'empiriocriticisme et qui, avec l'esthéticien Konrad Fiedler, lui fournira les outils conceptuels décisifs pour l'élaboration de sa poétique et de ses théories de l'art. Rejetant les a priori kantiens de l'espace et du temps ainsi que l'antagonisme traditionnel entre le sujet et l'objet, le moi et le monde, Carl Einstein trouve dans le système de relations fonctionnelles qu'établit Mach entre le moi et le monde la réponse à ses interrogations. Abolissant en effet toute barrière entre le psychique et le physique, Mach considère qu'ils font tous deux partie de complexes formés de composants communs, les éléments. La dépendance fonctionnelle (au sens mathématique) de ces éléments entre eux remplace la notion de causalité, rejetée également par Einstein, qui fera sienne cette notion de fonction et la développera particulièrement dans ses réflexions sur le cubisme et l'art africain. À la suite de Fiedler, Einstein assigne à l'histoire de l'art l'étude des conditions qui engendrent les œuvres et non plus un alignement de faits et de descriptions. L'autonomie de l'œuvre d'art devient un principe clef de ses théories sur l'art.

C'est pendant ses années d'études berlinoises que se forge sa passion pour la littérature française moderne, en particulier pour Flaubert, Rimbaud, Baudelaire, Mallarmé, Gide, Claudel. Gide et [...]

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  • : historienne de l'art, professeur de littérature de langue germanique à l'université de Bourgogne

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Pour citer l’article

Liliane MEFFRE, « EINSTEIN CARL - (1885-1940) », Encyclopædia Universalis [en ligne], consulté le 20 janvier 2022. URL : https://www.universalis.fr/encyclopedie/carl-einstein/