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BOUDDHISME (Histoire) Littératures et écoles bouddhiques

Sauf durant la vie du Buddha, la communauté monastique n'a jamais été unie sous une direction ayant le pouvoir de maintenir sa cohésion et de définir et imposer une orthodoxie, comme le fit longtemps la papauté dans le christianisme. L'expansion géographique du bouddhisme, la souplesse avec laquelle il s'adapta aux mentalités et aux modes de vie des populations fort diverses parmi lesquelles ils se répandit, les multiples problèmes nouveaux qu'il dut résoudre sans trouver une solution claire et certaine dans les enseignements du Bienheureux, tout cela contribua à diviser cette communauté en groupes de plus en plus nombreux et différents.

Ce que le bouddhisme perdit ainsi en cohésion sociale et en unité doctrinale, il le gagna largement en liberté de penser – en particulier pour interpréter les paroles attribuées au Buddha – et, par conséquent, en hardiesse et en profondeur intellectuelles, toutes qualités qui expliquent l'ampleur et la richesse de sa littérature comme la diversité et la subtilité de sa philosophie.

Le bouddhisme antique

Nous avons d'excellentes raisons de douter de l'historicité du concile qui, selon la tradition, se serait réuni à Rājagṛha quelques mois après le Parinirvāṇa pour réunir et réciter en chœur tous les sermons du Buddha et toutes les règles monastiques qu'il avait énoncées. Cependant, cette légende prouve que, peu après la disparition de leur maître, les moines se préoccupèrent de conserver les enseignements de celui-ci, lequel n'avait rien écrit, puisque l'écriture était encore inconnue dans l'Inde gangétique à cette époque. Jusque vers le début de l'ère chrétienne, où ils furent enfin fixés par écrit, ces enseignements furent transmis uniquement par voie orale.

Quoique la mémoire des moines fût très exercé, et que fût sincère leur fidélité à la parole ou à la pensée du Buddha, ce mode de transmission rendit possibles de très nombreuses modifications dans l'expression et de multiples additions, sans doute aussi un certain nombre d'oublis, voire de suppressions volontaires. Toutes ces altérations furent aggravées par le fait que, pendant ces cinq siècles de transmission orale, la communauté se divisa en plusieurs sectes dont chacune eut sa propre tradition et s'efforça de prouver l'orthodoxie de ses positions doctrinales et l'authenticité des règles disciplinaires qu'elle imposait à ses moines.

Les schismes et les sectes

La communauté monastique ne demeura unie que pendant un siècle après le Parinirvāṇa, puis elle se divisa en une vingtaine de sectes au cours des cinq ou six siècles qui suivirent. Si vives qu'aient été les querelles aboutissant à ces divisions, les relations demeurèrent en général assez bonnes entre les adhérents de ces divers groupes et ne donnèrent que rarement lieu à des conflits aigus.

Le premier schisme se serait produit vers le milieu du ive siècle avant J.-C., déchirant la communauté primitive en deux groupes, les Mahāsāṃghika et les Sthaviravādin. Les premiers, les plus nombreux, admettaient que l'arhant, le saint arrivé au nirvāṇa, conserve certaines imperfections mineures, ce que niaient résolument les seconds. De ces derniers se seraient séparés, un demi-siècle plus tard, les Vātsīputrīya, qui soutenaient l'existence d'une personne (pudgala) transmigrant d'une existence à une autre et essentiellement différente du « soi » brahmanique, mais n'étant ni identique aux cinq agrégats (skandha) de phénomènes matériels et psychiques composant l'individu, ni distincte de ceux-ci. Quelque cinquante ans plus tard, une nouvelle scission des Sthaviravādin donna naissance aux Sarvāstivādin, lesquels affirmaient que « tout existe », le passé et le futur comme le présent, afin d'expliquer comment l'acte passé exerce son effet dans le présent ou[...]

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Écrit par

  • : professeur au Collège de France, chaire d'étude du bouddhisme

. In Encyclopædia Universalis []. Disponible sur : (consulté le )

Autres références

  • ARHAT ou ARHANT

    • Écrit par Jean-Christian COPPIETERS
    • 308 mots

    Le terme arhat ou arhant (de la racine arh, mériter), que l'on peut traduire par « saint », désigne dans le bouddhisme ancien le stade le plus élevé dans la progression religieuse pour les adeptes du Petit Véhicule, stade qui fait suite aux étapes de srotaāpanna, de sakrdāgāmin et d'anāgāmin....

  • ASIE DU SUD-EST (art et archéologie) - Les grands empires

    • Écrit par Bernard Philippe GROSLIER
    • 4 138 mots
    • 5 médias
    ...comme sous le manteau de l'islam à Java. Sauf à Bali où, précisément, les beaux travaux de l'école hollandaise ressuscitent des archaïsmes fascinants. Le bouddhisme, lui, et par une curieuse symétrie inverse, fut chassé de l'Inde (sauf de Ceylan) mais est devenu en Birmanie, en Thaïlande, au Laos...
  • AVALOKITEŚVARA

    • Écrit par Marie-Thérèse de MALLMANN
    • 672 mots
    • 1 média

    Le mot « Avalokiteśvara » vient du sanskrit ava, de haut en bas ; lokita, racine lok, voir, regarder ; īśvara, seigneur, maître, donc « Seigneur qui regarde d'en haut », sous-entendu « avec commisération » ; il est appelé aussi Lokeśvara (loka, monde visible, īśvara). La...

  • BAREAU ANDRÉ (1921-1993)

    • Écrit par Bernard FRANK
    • 853 mots

    André Bareau a été la totale incarnation des vertus que requiert l'étude approfondie du bouddhisme et de celles qu'elle est susceptible d'apporter en retour. Né en 1921 à Saint-Mandé, il passa à dix-sept ans le concours de l'école normale d'Auteuil et s'y prépara au métier d'instituteur, mais son attirance...

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Voir aussi