BIOPOLITIQUE

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Un terme à multiples facettes

Après la mort de Foucault, l'usage du terme « biopolitique » connaît une inflation importante. On en trouve un premier emploi très généraliste, soit qu'il s'agisse de repérer, au travers de politiques actuelles, l'intervention des pouvoirs publics sur le corps (D. Fassin et D. Memmi, Le Gouvernement des corps, 2004), soit qu'on tente de décrire les problèmes politiques posés par les possibilités techniques de la science génétique dans ses derniers développements (G. Hottois, Essais de philosophie bioéthique et biopolitique, 1999). Giorgio Agamben, de son côté (Homo sacer, 1995), fait du biopolitique une analyse qui en radicalise la teneur. Alors que la biopolitique renvoyait pour Foucault à une séquence proprement moderne, Agamben la définit comme rapport politique originaire : est souverain le pouvoir qui expose à sa décision la « vie nue », à savoir la simple existence biologique de ses sujets. Cette pure exposition se matérialise dans les camps de concentration, qui deviennent, par là même, le chiffre pour dénoncer la tentation totalitaire de toute démocratie gestionnaire. L'idée de biopolitique se retrouve encore au cœur du livre de M. Hardt et A. Negri (Multitude. Guerre et démocratie à l'âge de l'Empire, 2004). Mais un retournement décisif de sens s'opère. Réévaluée dans une perspective spinoziste, la biopolitique devient la capacité de composition des puissances. Elle exprime un désir collectif de démocratie réelle, elle crée des solidarités nouvelles. La biopolitique ne renvoie plus à l'autorité publique quand elle tente de contrôler et d'organiser les forces vitales – ce ne serait là qu'un sens second et dévoyé – mais aux capacités d'organisations immanentes et créatrices des puissances de vie. On pourrait citer également, bien que son auteur n'emploie pas directement le terme de biopolitique, l'essai de [...]


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Écrit par :

  • : professeur des Universités à l'Institut d'études politiques de Paris

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CE QUI RESTE D'AUSCHWITZ (G. Agamben) - Fiche de lecture

  • Écrit par 
  • Monique DAVID-MÉNARD
  •  • 1 091 mots

Ce qui reste d'Auschwitz (trad. P. Alféri, Rivages, Paris, 1999) fait suite à deux analyses des formes contemporaines du pouvoir : Des moyens sans fins, notes sur la politique (1995) et Homo sacer, le pouvoir souverain et la vie nue (1997). Il s'agissait, dans les essais précédents, de réfléchir sur l'impensé des théories contemporaines de l'État, de la nation et de la souveraineté. Leur formul […] Lire la suite

Pour citer l’article

Frédéric GROS, « BIOPOLITIQUE », Encyclopædia Universalis [en ligne], consulté le 13 octobre 2020. URL : https://www.universalis.fr/encyclopedie/biopolitique/