BIOPOLITIQUE

Carte mentale

Élargissez votre recherche dans Universalis

La norme contre la loi

Cette mutation décisive – le pouvoir, qui longtemps s'était fait reconnaître comme le maître de la mort devient l'administrateur de la vie – ne peut être isolée pour Foucault de l'apparition du capitalisme. Le biopouvoir constitue en effet une des conditions indispensables de son développement. Car il fallait tout à la fois brancher le corps des individus sur des appareils de production concrets (problème du travail) et ajuster des phénomènes globaux de population à des logiques économiques générales (exigences de la croissance). Cette transformation des logiques de pouvoir se marque encore pour Foucault par l'importance grandissante de la norme au détriment de la loi. La loi, instrument privilégié du pouvoir de souveraineté, ordonne à la façon d'un commandement (on lui obéit), établit des partages exclusifs et abstraits (elle dit ce qu'il ne faut pas faire, en laissant libre pour le reste), fixe des identités statutaires (le père, le sujet responsable, etc.). La norme, par quoi le biopouvoir se diffuse dans les vies, définit plutôt un programme d'existence complet, auquel chacun suspend une identité mouvante (rester un bon élève, une mère normale, un ouvrier docile, etc.), se sert d'une pression insistante et continue, permet de majorer d'un seul mouvement la docilité et l'utilité des corps, se présente comme une règle naturelle à suivre, sous peine de devenir un dégénéré. Cette importance de la norme se vérifie dans la médicalisation accrue des existences, la santé des populations devenant, au lieu de l'ancien salut éternel des sujets, la pierre de touche du bon gouvernement. Ce biopouvoir, s'il conditionne sournoisement plutôt qu'il ne brutalise spectaculairement, peut cependant se révéler terriblement mortifère et violent, comme l'aura démontré l'histoire du xxe siècle. Le racisme d'État comme la pratique génocidaire se comprennent en effet pour Foucault à partir du biopouvoir : [...]


1  2  3  4  5
pour nos abonnés,
l’article se compose de 4 pages


Écrit par :

  • : professeur des Universités à l'Institut d'études politiques de Paris

Classification


Autres références

«  BIOPOLITIQUE  » est également traité dans :

CE QUI RESTE D'AUSCHWITZ (G. Agamben) - Fiche de lecture

  • Écrit par 
  • Monique DAVID-MÉNARD
  •  • 1 091 mots

Ce qui reste d'Auschwitz (trad. P. Alféri, Rivages, Paris, 1999) fait suite à deux analyses des formes contemporaines du pouvoir : Des moyens sans fins, notes sur la politique (1995) et Homo sacer, le pouvoir souverain et la vie nue (1997). Il s'agissait, dans les essais précédents, de réfléchir sur l'impens […] Lire la suite☛ http://www.universalis.fr/encyclopedie/ce-qui-reste-d-auschwitz/#i_42969

Pour citer l’article

Frédéric GROS, « BIOPOLITIQUE », Encyclopædia Universalis [en ligne], consulté le 17 octobre 2019. URL : http://www.universalis.fr/encyclopedie/biopolitique/