STORA BENJAMIN (1950- )

Carte mentale

Élargissez votre recherche dans Universalis

Benjamin Stora est un historien français spécialiste de l’histoire de l’Algérie contemporaine. Son œuvre, qui compte des dizaines de livres et de films, porte essentiellement sur le nationalisme algérien, la guerre d’Algérie, puis sur leurs mémoires croisées dans la longue durée, en France et en Algérie. En dépit d’une solide formation marxiste, il a rompu avec l’histoire anticolonialiste matérialiste des années 1970 et 1980 et a introduit deux types de sources et de problématiques inédites en la matière : les archives et les récits des acteurs et témoins du nationalisme algérien – notamment Messali Hadj, son fondateur, proche du trotskisme –, grâce au recours à l’histoire orale ; et les territoires de la mémoire et du refoulement, comme l’ont pratiqué les historiens de la Seconde Guerre mondiale.

Benjamin Stora

Photographie : Benjamin Stora

Chargé en 2020 par le président Emmanuel Macron d'une mission destinée à favoriser la réconciliation entre les peuples français et algérien, l'historien Benjamin Stora mettait en avant dès 1991, dans La Gangrène et l'oubli, la nécessité pour la France et l'Algérie de « regarder en... 

Crédits : Philippe Matsas/ Opale/ Bridgeman Images

Afficher

Benjamin Stora est né le 2 décembre 1950 à Constantine, préfecture du département français de l’Est algérien, dans une famille juive naturalisée en 1870 par le décret Crémieux. Originaire de Khenchela (Aurès), celle-ci serait installée en Afrique du Nord depuis l’Antiquité. Au moment de sa naissance, sa famille, des commerçants du quartier juif de la ville, est francisée, même si les traditions juives d’Algérie se perpétuent. C’est dans ce milieu qu’il vit sa guerre d’Algérie jusqu’à l’âge de douze ans. Benjamin Stora et ses parents font partie des « rapatriés » de l’été 1962 ; ils s’installent à Paris, puis à Sartrouville dans un HLM, en pays inconnu. À la perte de leurs repères s’ajoutent un déclassement social brutal et la honte des origines dans une France qui ne veut plus entendre parler d’Algérie. Benjamin Stora et sa sœur aînée se réfugient dans le travail et obtiennent le baccalauréat. Tous deux se destinent à une carrière d’historien.

Parallèlement à ses études (il obtient un doctorat en histoire puis en sociologie) et recherches d’histoire universitaires, jamais interrompues jusqu’à son élection comme maître de conférences à Paris VIII en 1986 – qui le conduisent à fréquenter René Rémond puis Charles-Robert Ageron, son maître et principal directeur de thèse –, Stora entame une longue carrière de militant politique révolutionnaire.

Le mouvement de Mai-68 survient alors que Benjamin Stora est en terminale à Saint-Germain-en-Laye. L’année suivante, inscrit à l’université de Nanterre, il adhère à l’Alliance des jeunes pour le socialisme, l’organisation de jeunesse de l’Organisation communiste internationaliste (OCI), branche lambertiste du trotskisme français. Proche de Pierre Boussel (alias Lambert), il prend la tête de l’organisation étudiante de l’OCI – deux mille militants sont sous ses ordres à la fin des années 1970 – et est un des principaux acteurs de la réunification syndicale qui donne naissance à l’UNEF-ID en 1980. Membre du comité directeur de l’OCI, il se lie d’amitié à cette époque avec Lionel Jospin et Jean-Christophe Cambadélis, Edwy Plenel et Julien Dray, ou avec des trotskistes du Maghreb.

Benjamin Stora, qui a raconté ces épisodes fondateurs dans des autobiographies, prend du recul au milieu des années 1980 avec ce qu’il qualifiera a posteriori d’engagement sectaire. Avec Jean-Christophe Cambadélis, il embarque plus de quatre cents militants de l’OCI vers le Parti socialiste, avec l’aval de François Mitterrand. En 1985, on le retrouve dans le courant Convergences socialistes. Le rôle de cette « génération Mitterrand » dans la transformation de l’idéologie de la gauche française est capital. Contesté pour son programme économique socialiste, Mitterrand fait le choix de l’antiracisme : les immigrés et le multiculturalisme remplacent l’ouvriérisme militant. Le rôle de l’historien, parmi quelques autres, est emblématique. Sa thèse d’État, soutenue à Paris VIII en 1991, consacrée à l’immigration algérienne en France (Ils venaient d’Algérie), est au cœur de ces mutations idéologiques et politiques.

À ce tournant de sa carrière, Benjamin Stora donne la priorité à l’université : il faut désormais écrire l’histoire de l’Algérie et des Algériens, d’ici et de là-bas. Au mitan des années 1980, la « dernière [...]

1  2  3  4  5
pour nos abonnés,
l’article se compose de 3 pages

Écrit par :

  • : professeur des Universités, université Paris-I- Panthéon-Sorbonne

Classification

Autres références

«  STORA BENJAMIN (1950- )  » est également traité dans :

COLONISATION (débats actuels)

  • Écrit par 
  • Myriam COTTIAS
  •  • 3 252 mots
  •  • 3 médias

Dans le chapitre « La figure du témoin et de la victime : le recours à la mémoire  »  : […] Dès l'immédiat après-guerre, le génocide juif s'est imposé comme le modèle et le cadre de référence pour toutes les populations persécutées, « l'étalon du mal absolu, l'aune à laquelle les drames collectifs doivent être mesurés pour être reconnus » (Nicole Lapierre, Causes communes. Des Juifs et des Noirs , 2011). Ainsi, alors que les polarités politiques de la guerre froide disparaissent progress […] Lire la suite

Pour citer l’article

Pierre VERMEREN, « STORA BENJAMIN (1950- ) », Encyclopædia Universalis [en ligne], consulté le 09 mai 2022. URL : https://www.universalis.fr/encyclopedie/benjamin-stora/