RÉMOND RENÉ (1918-2007)

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Avec René Rémond décédé en avril 2007, c'est un des grands intellectuels français de la seconde moitié du xxe siècle qui disparaît. Cet historien universitaire catholique s'est affirmé comme le rénovateur de l'histoire politique et religieuse contemporaine, mais aussi comme un observateur et analyste subtil et écouté de la vie sociale et politique de son temps, éclairant avec lucidité les débats de société et les évolutions de la France d'aujourd'hui.

Né en 1918 à Lons-le-Saunier, élève de la promotion 1942 de l'École normale supérieure, René Rémond accomplit une éblouissante carrière universitaire. Agrégé d'histoire, il est successivement assistant à l'École normale supérieure, à la Sorbonne, à la faculté des lettres de Clermont-Ferrand, avant de devenir maître de conférences à la faculté de Caen, puis d'être élu en 1964 à la nouvelle faculté de Nanterre. C'est là qu'il accomplira toute sa carrière universitaire, parallèlement à l'activité de recherche et d'enseignement qu'il poursuit à la Fondation nationale des sciences politiques où il est nommé très jeune directeur d'études et dont il présidera le conseil d'administration de 1981 à 2007. Cette carrière de chercheur et d'enseignant subit cependant un infléchissement majeur du fait des événements de 1968 à Nanterre. Dans une faculté située au cœur de l'agitation étudiante dont il s'efforce de comprendre les motivations sans en approuver les excès, il œuvre au côté du doyen Paul Ricœur (auquel il succédera) pour tenter de promouvoir les réformes nécessaires et rétablir le fonctionnement de l'établissement. Élu président de l'université de Paris-X-Nanterre lors de sa création en 1971, il y parviendra au terme de son mandat en 1974. De cette expérience, il tirera en 1979 un livre, La Règle et le consentement, sur l'exercice du pouvoir universitaire.

Mais René Rémond reste avant tout un historien de premier plan. Et tout d'abord le rénovateur d'une histoire politique discréditée au lendemain de la Seconde Guerre mondiale et abandonnée de la plupart des jeunes chercheurs. La parution en 1954 d'un essai intitulé La Droite en France de 1815 à nos jours, constamment réédité, et dans lequel l'auteur suit sur plus d'un siècle la généalogie de trois traditions de droite, renouvelle profondément l'approche de l'histoire politique en l'incluant dans la longue durée des idées, en enrichissant ses perspectives par le couplage avec les questionnements de la science politique et en considérant que le terme légitime de l'évolution historique est le présent de l'historien. L'ouvrage constitue à la fois le manifeste d'une nouvelle histoire politique et l'axe des recherches de l'auteur. Ce dernier produit alors une œuvre considérable, faite d'ouvrages de synthèse (Notre Siècle), d'études thématiques (L'Anticléricalisme en France de 1815 à nos jours), d'analyses événementielles (Le Retour de De Gaulle), d'essais (La politique n'est plus ce qu'elle était ou Quand l'État se mêle de l'histoire). Autour de René Rémond, à Nanterre comme à Sciences Po, se rassembleront nombre de chercheurs qui, tout en s'inspirant de son exemple et des exigences de liberté d'esprit et de rigueur scientifique qu'il professait, développeront leurs travaux dans des domaines très différents. Mais ils reconnaîtront leur dette envers lui en publiant sous sa direction en 1988 un livre-bilan, Pour une histoire politique.

Mais il est un tout autre pan, non moins fécond historiquement de l'œuvre de René Rémond. Catholique fervent, mais attaché à une laïcité tolérante, il est aussi un militant chrétien engagé. Président lors de ses études de la Jeunesse étudiante chrétienne (J.E.C.), puis durant plusieurs années du Centre catholique des intellectuels français (C.C.I.F.), lié à une partie de la hiérarchie épiscopale, il n'a cessé de réfléchir à la place de la religion dans la cité, jouant un rôle important dans la renaissance de l'histoire religieuse. Là encore, il multiplie les travaux dont témoigneront les quatre volumes de l'Histoire de la France religieuse, codirigés avec Jacques Le Goff.

Ses multiples compétences ont conduit René Rémond à une notoriété dépassant le cadre scientifique et universitaire. Dès les années 1950, il est présent à la radio, à la télévision, dans la presse, pour commenter les élections ou intervenir sur l'actualité. L' [...]

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  • : professeur émérite des Universités à l'Institut d'études politiques de Paris

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HISTOIRE (Domaines et champs) - Histoire politique

  • Écrit par 
  • Serge BERSTEIN
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Dans le chapitre « La résurrection de l'histoire politique »  : […] C'est précisément dans la brèche abandonnée par ces courants dominants que va se renouveler l'histoire politique au milieu des années 1970. Plusieurs phénomènes concomitants rendent compte de ce phénomène, dont certains dépassent très largement le cadre de la recherche historique. En premier lieu, la perte de prestige du modèle communiste en Europe entraîne une crise de l'approche marxiste dans le […] Lire la suite

Pour citer l’article

Serge BERSTEIN, « RÉMOND RENÉ - (1918-2007) », Encyclopædia Universalis [en ligne], consulté le 04 juillet 2022. URL : https://www.universalis.fr/encyclopedie/rene-remond/