NEUMANN BALTHASAR (1687-1753)

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En 1723 arrive à Paris un jeune architecte allemand, inconnu. Il vient soumettre à Robert de Cotte et Germain Boffrand, artistes dont la gloire rayonne sur toute l'Europe, les plans qu'il a contribué à établir pour la construction d'un nouveau palais destiné au prince-évêque de Würzburg. Reçu avec condescendance par l'un, amabilité par l'autre, il repart au bout de quelques mois. Ce sera le seul séjour en France de Neumann. L'épisode est important, car la résidence de Würzburg a occupé Neumann pendant une trentaine d'années. Les travaux de fortifications et d'urbanisme en général constituent une grande part de l'activité de Neumann. Son plus beau titre de gloire aujourd'hui, ce sont pourtant les châteaux et les églises qu'il a édifiés. Il prend place aisément parmi les plus grands architectes que l'Allemagne, et même l'Europe, aient produits.

Travaux militaires et édifices civils

Balthasar Neumann est né à Eger (aujourd'hui Cheb) en Bohême, d'une famille d'artisans modestes. Ses études de géométrie et d'architecture le conduisent à devenir ingénieur militaire et, en 1717, il prend part au siège de Belgrade, que dirige le prince Eugène (c'est en officier que Giambattista Tiepolo le représentera en 1751).

La grande carrière s'ouvre pour lui le jour où Johann Philip von Schönborn, après son accession au trône de prince-évêque de Würzburg, en 1719, l'appelle à seconder Maximilian von Welsch qu'il a chargé de construire une nouvelle résidence. La famille des Schönborn est alors l'une des plus puissantes de l'Empire. La confiance et la familiarité que Neumann sait mériter de la part de ces grands seigneurs, pleins de goût pour les arts, lui valent bien vite des commandes dans toute l'Allemagne. En 1729, il est chargé de la direction et de l'inspection de l'ensemble des activités d'architecture militaire, civile et religieuse dans les deux évêchés de Bamberg et Würzburg.

En 1730, Neumann est appelé en consultation pour l'achèvement du château de Bruchsal (Rhénanie). Il insère au centre du bâtiment un extraordinaire escalier : le plan est elliptique ; deux rampes, symétriques par rapport au grand axe de l'ellipse, s'élèvent depuis le rez-de-chaussée, qui est sévère, avec ses colonnes doriques à fût cannelé, jusqu'à l'étage, tout empli de lumière ; on se trouve alors dans un large espace aux fenêtres cintrées séparées par des pilastres composites. La fresque de Johann Zick, qui décore la coupole, et les stucs de Johann Michael Feuchtmayer, qui l'encadrent, complètent cet éblouissant ensemble.

De 1733 à 1745, en même temps que se poursuivent les travaux de la résidence, le prince-évêque se fait construire à Werneck un séjour plus retiré. Ici Neumann est seul maître du plan et des aménagements. Les installations intérieures ont aujourd'hui disparu. Les différentes ailes s'ordonnent autour d'une cour ; de gros pavillons, fortement saillants, se dressent aux angles, ainsi qu'au centre du corps principal. Le jeu des toitures aux pans incurvés, les deux minces tours coiffées de bulbes, les courbes capricieuses des frontons confèrent à ce château une saveur et un charme pleins de séduction.

Cependant les travaux d'urbanisme se multipliaient à Würzburg : adductions d'eau en 1730, destruction des anciennes fortifications et aménagement de nouveaux boulevards sur leur emplacement tout au long des années 1730. Neumann surveille personnellement la construction des maisons d'habitation qui s'élèvent le long des nouvelles rues. Les destructions de la guerre ont considérablement altéré l'aspect original qu'il avait donné à la ville, et fait disparaître certaines des maisons qu'il avait lui-même bâties, comme le Hof Rombach.

Toutes ces réalisations visaient à encadrer dignement la résidence ; les travaux, commencés dès 1720, ne furent achevés pour le gros œuvre qu'en 1744. Malgré la multiplicité des interventions, les unes venant de Paris avec de Cotte et Boffrand (ce dernier fait en personne le voyage de Würzburg en 1724), les autres de Vienne avec Johann-Lukas von Hildebrandt (il effectue plusieurs séjours à Würzburg entre 1730 et 1740), l'ouvrage porte bien la marque de Neumann. La guerre a endommagé le château, et la plus grande partie des appartements ont disparu. Par chance, les pièces maîtresses existent encore : l'escalier et le salon d'honneur (Kaisersaal), où Tiepolo vint en 1750-1753 déployer des fresques fastueuses, et la chapelle, chef-d'œuvre, où la part de Hildebrandt est essentielle dans la décoration.

L'escalier de Würzburg est peut-être le plus étonnant témoignage que Neumann ait laissé de son habileté technique. Il se développe dans une cage rectangulaire de 30 mètres sur 18 que couvre une voûte d'un seul tenant. À Neresheim, que le fils de Balthasar Neumann achèvera après la mort de son père, un souci de prudence conduira à renoncer au voûtement en pierre, que seule la virtuosité du disparu aurait pu mener à bien. Le grand salon embrasse deux étages ; son plan est un quadrilatère à pans coupés ; de hautes pénétrations allègent l'aspect de la voûte qui le couvre. Le souvenir de Vaux-le-Vicomte paraît avoir inspiré la conception d'ensemble.

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  • : ancien élève de l'École normale supérieure, agrégé de lettres, conservateur des objets d'art des églises de la Ville de Paris

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Georges BRUNEL, « NEUMANN BALTHASAR - (1687-1753) », Encyclopædia Universalis [en ligne], consulté le 01 décembre 2021. URL : https://www.universalis.fr/encyclopedie/balthasar-neumann/