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BAÏBARS ou BAYBARS (1223-1277)

Baïbars (ou Baybars) Ier, al-Malik al-Ẓāhir Rukn al-dīn al-Ṣāliḥī, fut le quatrième sultan des Mamlouks Baḥrides. Ce dernier qualificatif, dérivé de baḥr, est appliqué au Nil, les premiers esclaves turcs achetés par le sultan ayyūbide al-Malik al-Ṣāliḥ ayant été casernés dans une île au milieu du fleuve, au sud du Caire. Le nom de sultan, dans sa seconde partie, bars, signifie « fauve », et le souverain fit sculpter sur divers ouvrages d'art, sur des ponts notamment, en Égypte et en Syrie, ses armes parlantes, un fauve, qu'on retrouve aussi sur ses monnaies.

L'ascension au sultanat

Baïbars fut incorporé au nouveau contingent turc créé par Malik Ṣaliḥ et conquit rapidement son brevet d'officier. C'est à ce titre qu'il participa héroïquement à la bataille de Manṣūra, et c'est lui qui mit fin par un sauvage assassinat au règne de Tūrānshāh, en 1250, sous les yeux du roi de France Louis IX, terrifié. Dix ans plus tard, le jeune officier, alors âgé de trente-cinq ans, devait se rendre coupable d'un meurtre aussi odieux : le troisième sultan mamlouk, Ḳuṭuz, venait, par la brillante victoire de ‘Ayn Djālūt, en Palestine, de débarrasser la Syrie des hordes mongoles. Baïbars avait combattu à l'avant-garde, mais il prit la tête d'un complot contre son prince, qui fut mis à mort avec sa participation. Ce crime ne porta aucun tort à la popularité de Baïbars, puisqu'il fut proclamé sultan sur place, sans protestation, le 23 octobre 1260.

Sur ce chapitre on ne peut formuler une approbation, mais le jugement de l'historien doit tenir compte des circonstances et surtout du milieu. Baïbars appartenait à cette classe d'anciens esclaves qui ignoraient tout de leur propre famille et n'eurent jamais l'occasion de se souvenir d'une marque de tendresse. L'ambiance générale dans le monde musulman d'alors était saturée de cruauté, et Baïbars n'y a pas échappé. On aura trop souvent la possibilité de constater, en passant en revue le gouvernement oligarchique des sultans mamlouks, que l'exemple de cette double révolution de palais fut fréquemment suivi.

Au moment de son entrée dans l'histoire, Baïbars s'est donc rendu coupable de deux crimes : seuls les fastes glorieux du monarque effaceront les perfidies de l'officier.

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Écrit par

  • : membre de l'Institut, professeur honoraire au Collège de France

. In Encyclopædia Universalis []. Disponible sur : (consulté le )

Autres références

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Voir aussi