BADEN POWELL (1937-2000)

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Baden Powell est souvent considéré comme le plus grand guitariste brésilien de tous les temps et l'un des compositeurs les plus représentatifs de la musique brésilienne moderne. Comme João Gilberto, Tom Jobim, Bola Sete ou Vinícius de Moraes, il a bénéficié de la large diffusion de la bossa-nova dans les années 1960.

Roberto Baden Powell de Aquino naît le 6 août 1937 à Varre e Sai, une petite ville de l'État de Rio de Janeiro ; son père est un violoniste et un guitariste amateur passionné. Peu après sa naissance, sa famille déménage à Rio, au pied des favelas. Il écoute les musiciens que son père invite chez eux : le flûtiste et saxophoniste Pixinguinha, spécialiste du chôro, ou le guitariste Donga, réinventeur de la samba, imprégneront le jeune carioca.

À huit ans, il suit l'enseignement de Meira, qui l'initie à la musique populaire – celle de Garoto ou de Dilermando Reis –, mais aussi aux maîtres espagnols comme Francisco Tárrega ou Andrés Segovia. À l'âge de treize ans, en vrai musicien professionnel qu'il est déjà, Baden Powell accompagne des chanteuses comme Dolores Durán, Elizeth Cardoso ou Angéla Maria au sein de l'orchestre de la Rádio Nacional. En 1955, il est engagé par Ed Lincoln, dont le trio joue un répertoire plutôt tourné vers le jazz. Dans les années 1960, Baden Powell se confrontera au saxophoniste emblématique de la rencontre entre le jazz et la bossa-nova, Stan Getz, qui le fera connaître au public américain. Cette circulation des idées musicales s'opère dans les deux sens, comme en témoigne l'adaptation par Baden Powell de standards comme All The Things You Are, de Jerome Kern. Il enregistrera même avec Stéphane Grappelli (La Grande Réunion, 1974) et dialoguera en concert avec Michel Legrand, Thelonious Monk ou Lalo Schifrin.

C'est en 1956 – il n'a alors que dix-huit ans – qu'il écrit son premier grand succès, Samba triste, sur un texte de Billy Blanco. En 1962 commence une amitié avec le diplomate, poète et compositeur Vinícius de Moraes – auteur de la pièce qui inspirera le film Orfeu Negro, de Marcel Camus –, avec qui il connaît d'emblée un succès, Canção de ninar meu bem. Le prolixe tandem écrira ensuite des classiques comme Samba em prelúdio ou Deve ser amor. Après un séjour à Bahia, Baden Powell s'intéresse aux formes musicales qui accompagnent les rituels magiques comme le candomblé. Berimbau sera adapté par Claude Nougaro sous le titre Bidonville ; avec Samba da bênção, cette chanson est représentative du style „afro-samba“, qui puise dans les sources africaines. Une maquette de Samba da bênção, rebaptisée Samba Saravah, parvient aux oreilles de Claude Lelouch, qui modifie son scénario à trois jours du tournage pour l'intégrer dans son film Un Homme et une femme (1966).

En 1963, Baden Powell enregistre son premier album, Um violão na madrugada, et fait un triomphe à l'Olympia de Paris. Travaillant désormais avec Paulo César Pinheiro, il devient un véritable mythe dans son pays. Milton Nascimento interprète son Cidade Vazia et Elis Regina s'accapare Canto de Ossanha. De 1973 à 1983, Baden Powell réside en France. Il s'installe ensuite en Allemagne. En 1988, il revient au Brésil, mais, voyageur infatigable, continue de faire vivre son art des deux côtés de l'Atlantique. Il meurt le 26 septembre 2000 à Rio de Janeiro.

À l'aise dans les studios d'enregistrement, Baden Powell a gravé plus de 70 albums, souvent en Europe. Son écriture est marquée par le caractère mélancolique des dessins mélodiques interprétés d'une voix intimiste ou insérés dans ses arpèges touffus. Ses climats, souvent méditatifs et sensuels, n'oublient pas les constructions rythmiques qui rappellent les racines africaines. Son approche originale de la guitare sait assimiler les apports occidentaux – il s'est frotté à Jean-Sébastien Bach – et les sources traditionnelles de la musique brésilienne (baiào, musiques des chôros, samba...). La virtuosité n'est jamais gratuite, la maîtrise de l'instrument restant toujours au service d'une expression ou d'une émotion. Ainsi, l'art du balancement – la syncope à l'intérieur du temps qui confère une part de sa couleur à la musique brésilienne – ou la simulation quasi pianistique de l'orchestre par des enchevêtrements complexes de voies complémentaires sont autant d'éléments qui sortent la guitare à cordes de Nylon de sa grammaire obligée. L'un des traits marquants de cet univers qui fait le lien entre le contrepoint classique et les polyphonies africaines est l'imitation, ou plutôt l'évocation guitaristique d'instruments traditionnels comme le berimbau, arc musical à calebasse du Nordeste utilisé pour accompagner la capoeira, dans la chanson éponyme, ou la cuíca, petit tambour à friction de la samba, dans Garota de Ipanema.

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MORAES ou MORAIS VINÍCIUS MARCUS DE MELO (1913-1980)

  • Écrit par 
  • Patrice DELBOURG
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Vinícius de Moraes (ou Morais) s'est éteint le 9 juillet 1980, à Rio de Janeiro. Diplomate pendant vingt-six ans, il était aussi « le petit poète », comme on l'appelait au Brésil. La gloire, Vinícius l'a connue en tant que librettiste du film Garota de Ipanema (« La Fille d'Ipanema », 1967), dont la musique est d'Antonio Carlos Jobim, avec qui il composa également Orfeu da Conceição (1956), drame […] Lire la suite

Pour citer l’article

Eugène LLEDO, « BADEN POWELL (1937-2000) », Encyclopædia Universalis [en ligne], consulté le 03 décembre 2021. URL : https://www.universalis.fr/encyclopedie/baden-powell/