GILBERTO JOÃO (1931-2019)

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L’œuvre du guitariste et chanteur brésilien João Gilberto est indissociable de la naissance de la bossa-nova puis de sa diffusion planétaire dans les années 1960, mais c’est l’ensemble de la scène musicale de son pays que cet interprète de génie a marqué de son empreinte. Au long d’une carrière qui a duré plus d’un demi-siècle, il a livré au public une relecture très personnelle de la samba, paroles et musique confondues, et exprimé avec une économie de moyens radicale toute la profondeur de la musique populaire brésilienne.

João Gilberto

Photographie : João Gilberto

Par une économie de moyens radicale – jeu subtil sur les sonorités de la langue portugaise associée à une pulsion rythmique donnée par la guitare –, le chanteur et guitariste de bossa-nova João Gilberto a réinventé de nombreux standards de la samba et su exprimer toute la profondeur... 

Crédits : Eduardo Comesana/ Bridgeman Images

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João Gilberto Prado Pereira de Oliveira est né le 10 juin 1931 à Juazeiro, au bord du rio São Francisco, dans l’intérieur de l’État de Bahia. Dans cette bourgade marchande, au sein d’une famille de musiciens amateurs et de commerçants, le jeune João Gilberto semble ne s’intéresser, en autodidacte, qu’à la musique des rues et à ses moyens de diffusion mécanique alors en usage. On le rencontre en 1949 à Salvador de Bahia, dans l’environnement d’une radio locale, puis l’année suivante à Rio de Janeiro où il cherche à se faire un nom en tant que chanteur. La mode est alors à la « samba-chanson » : c’est donc en crooner qu’il intègre de façon éphémère quelques formations musicales et enregistre ses premiers disques. Toutefois, la tentative se solde par cinq ans de marasme et de bohème décevante, sans véritable percée.

Profondément déprimé, le jeune homme disparaît pendant deux ans et se refugie auprès d’amis à Porto Alegre, puis chez sa sœur à Diamantina (État de Minas Gerais). C’est là qu’il va trouver sa voie et préparer en solitaire la métamorphose musicale qui fera de lui le porte-parole de la bossa-nova, c’est-à-dire d’une interprétation de la samba qui consiste à la dépouiller de ses accessoires (percussions, chant expressionniste) pour la réduire à l’essentiel : une pulsion rythmique donnée par la guitare et un jeu subtil sur les sonorités de la langue portugaise. 

João Gilberto ne revient donc à Rio qu’après avoir mis au point son style vocal intimiste et la batida (« battue ») de guitare qui, sublimés par sa rencontre avec le compositeur Tom Jobim, vont le faire connaître dans le monde entier. Enregistré en 1958, « Chega de saudade » (« Assez de nostalgie ») – sur une musique de Jobim et un texte de Vinícius de Moraes qui célèbre au fond la saudade que son titre exhorte à fuir – est le premier succès du trio et restera pendant un demi-siècle un moment attendu dans les récitals de João Gilberto. Suivent une série de chansons devenues des classiques (entre autres « Samba de uma nota só », « Desafinado », « A Garota de Ipanema ») qui, avec le renfort du saxophoniste Stan Getz, feront fusionner jazz et samba pour propulser l’album Getz/Gilberto, enregistré pour le label Verve à New York en 1963, en tête des hit-parades internationaux.

Porté par cette reconnaissance et fuyant la dictature en place dans son pays à partir de 1964, João Gilberto va vivre durablement aux États-Unis et au Mexique. Il enregistre peu, mais avec le plus grand soin, et se produit en public, souvent à l’occasion de festivals de jazz, dans le cadre d’une carrière internationale qui le mène régulièrement en Europe et au Japon. Son mariage avec Astrud Weinert (qui chantait « The Girl from Ipanema » dans l’album Getz/Gilberto) s’est défait et il a épousé en 1965 la chanteuse Miúcha, sœur de Chico Buarque, avec laquelle il aura une fille, la musicienne Bebel Gilberto. Son répertoire, volontairement limité, est essentiellement construit autour de titres phares de la bossa-nova, d’anciennes sambas qu’il tire de l’oubli et de quelques emprunts aux compositeurs de la génération suivante (Caetano Veloso, Gilberto Gil). Au fil des ans, le musicien renonce aux arrangements orchestraux – en témoigne notamment son disque João Gilberto (1973) parfois surnommé « l’album blanc » – et ne se produit plus qu’en solo, s’accompagnant lui-même à la guitare selon un dispositif scénique minimaliste : un tabouret, deux micros (un pour la voix, un autre pour la guitare) et deux moniteurs pour le retour son.

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Pour citer l’article

Louis LECOMTE, « GILBERTO JOÃO - (1931-2019) », Encyclopædia Universalis [en ligne], consulté le 03 mai 2022. URL : https://www.universalis.fr/encyclopedie/joao-gilberto/