ANGLO-SAXON ART

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L'art anglo-saxon de la période païenne

C'est en Angleterre même que les antécédents de l'art anglo-saxon doivent être recherchés plutôt que sur le continent, dans le pays d'origine des Angles, des Jutes et des Saxons. Il apparaît ainsi que certains objets métalliques de la fin de l'époque romaine servirent de modèles aux artisans anglo-saxons dès leur établissement dans l'île, aussi bien par leur technique de fabrication que par leur ornementation. Il s'agit en particulier de garnitures de ceinture de bronze portées dès la fin du ive siècle par les auxiliaires germaniques de l'armée de Bretagne dont beaucoup durent rejoindre les rangs des migrants quand les structures romaines de la Bretagne s'effondrèrent. Ces plaques-boucles, ainsi que leur décor imitant la taille biseautée sur bois, ont été moulées. Elles offraient des motifs géométriques et parfois zoomorphes (fauves, dauphins). Comme dans d'autres parties du monde romain tombées aux mains des barbares, ces objets inspirèrent des productions locales (telle la garniture de ceinture de Mucking, Essex, datée du ve siècle ; conservée au British Museum ainsi que les objets cités ci-dessous, sauf mention contraire) et engendrèrent le « style des fibules annulaires » (quoit-brooch style), notamment illustré par la fibule de Sarre, dans le Kent (ve s.). Ces objets se caractérisent par la stylisation de motifs zoomorphes qui étaient encore réalistes sur les modèles de l'époque romaine tardive. On y trouve ainsi des quadrupèdes vus de profil et exécutés à l'imitation de la taille biseautée, dont les éléments anatomiques, tête, membres et queue, ont perdu leur position normale pour mieux s'adapter à la surface sur laquelle le motif doit s'insérer. Cette manière, définie par le chercheur scandinave Bernhard Salin dès 1904 comme le « Style animalier I », se maintint en Angleterre jusqu'à la fin du vie siècle. Puis lui succéda le « Style II », encore associé parfois au premier style, comme sur les embouchures métalliques des cornes à boire de Taplow (Buckinghamshire, fin du vie s.). Ce nouveau style animalier, moins mouvementé et plus ordonné que le précédent, offre la particularité d'intégrer les détails anatomiques à des entrelacs de rubans (d'où son nom de ribbon style), dont les brins sont mordus à intervalles réguliers par les gueules des animaux (parfois identifiables, malgré leur stylisation poussée, à des rapaces, à des sangliers ou à des serpents). L'origine en Angleterre du « Style II » est discutée mais on pense que son apparition est indépendante de l'évolution insulaire du « Style I » et qu'il fut importé du continent où il s'était constitué, fruit d'une symbiose entre le goût germanique et des apports méditerranéens. La plaque-boucle en or de Sutton Hoo (Suffolk) est une des plus remarquables manifestations du « Style II » insulaire. Comme d'autres objets précieux dont il sera question ci-dessous, elle provient de la tombe d'un roi anglo-saxon d'East Anglia (probablement Raedwald), inhumé vers 625 dans un bateau de guerre recouvert d'un tumulus.

Parallèlement à cet art animalier, largement utilisé pour orner des garnitures de ceinture, des fibules, des pommeaux d'épées ou d'autres objets métalliques de la vie quotidienne, les artisans anglo-saxons élaborèrent des types de fibules caractéristiques, réservées à la parure féminine. Réalisés en argent ou en bronze doré, le plus souvent selon la technique de la cire perdue sur positif secondaire, ces bijoux de la seconde moitié du ve siècle et du vie siècle présentent d'intéressantes variations régionales qu'il est possible de mettre en relation avec les divers peuplements germaniques en Angleterre. Il s'agit notamment de fibules ansées asymétriques qui, comme sur le continent, trouvent leur origine dans les fibules cruciformes portées par les fonctionnaires et les vétérans à la fin de l'époque romaine. Les Jutes ont ainsi élaboré des fibules à tête cruciforme et à pied zoomorphe dont l'évolution a donné de remarquables exemplaires à tête rectangulaire et à pied rhomboïdal. Progressivement adopté par les Angles et par les Saxons, ce type de fibule (square-headed brooches) présente fréquemment d'élégants motifs animaliers et témoigne parfois d'influences scandinaves. De tels motifs se rencontrent également sur les fibules cruciformes des Angles, qu'il convient de qualifier de « baroques » en raison de leur contour mouvementé et de leur ornementation luxuriante. Quant aux Saxons, il [...]

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400 à 500. Royaumes barbares

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Crédits : Encyclopædia Universalis France

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Grande-Bretagne, Angleterre anglo-saxonne, Ve-VIIe siècles

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Évangiles d’Echternach, v. 700

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Codex Amiatinus

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Écrit par :

  • : directeur du musée des Antiquités nationales, Saint-Germain-en-Laye

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LES ROYAUMES ANGLO-SAXONS (exposition)

  • Écrit par 
  • Christian HECK
  •  • 1 117 mots
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Anglo-Saxon Kingdoms: Art, Word, War (British Library, Londres, 19 octobre 2018 – 19 février 2019) réunit un ensemble exceptionnel de manuscrits, mais aussi de pièces d’orfèvrerie. L’exposition illustre les créations de […] Lire la suite

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Pour citer l’article

Patrick PÉRIN, « ANGLO-SAXON ART », Encyclopædia Universalis [en ligne], consulté le 22 septembre 2022. URL : https://www.universalis.fr/encyclopedie/art-anglo-saxon/