ARGOT

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Origines de l'argot

Trois éléments entrent dans la constitution de ce langage : un vocabulaire technique exprimant des notions, des activités propres au monde du vol, de la prostitution, de l'escroquerie, de la mendicité professionnelle ; ensuite un ensemble de procédés de formation lexicale qui permet de coder les mots pour créer un langage secret ; enfin, ces mots techniques, sous leur codage, survivent à leur fonction et constituent un langage marqué, fortement différencié, par lequel l'argotier et ses émules se reconnaissent et affirment leur appartenance au « milieu », au groupe, avec ses aspirations et sa morale.

La première mention d'un langage spécial de la pègre est récente. Il n'y a rien chez les Anciens à ce sujet ; rien non plus au Moyen Âge, en dehors de quelques mots isolés mis dans la bouche de truands et dont on peut déduire qu'ils attestent à cette date l'existence d'un jargon. Ainsi, dans Le Jeu de saint Nicolas, dès 1200, trois voleurs échangent une réplique dans laquelle on pourrait voir la plus ancienne forme d'un jargon.

Mais c'est un document de police de 1426 qui, pour la première fois, atteste d'une façon explicite l'existence d'un langage spécial : « Lequel Nobis dist au suppliant qu'il alast avec lui en l'ostel où pend l'enseigne des petits soliers et que il avoit trouvé son homme ou la duppe qui est leur manière de parler et que ilz nomment jargon, quant ilz trouvoient aucun fol ou innocent qu'ilz veullent decevoir par jeu ou jeux et avoir son argent » (cité par Du Cange, à duplicitas).

Sur l'existence, l'origine et la nature de ce jargon, les premiers renseignements précis nous sont fournis par les archives du procès des Coquillards, tenu à Dijon en 1455. Il s'agit d'une bande organisée à laquelle appartenaient plusieurs compagnons de Villon et, sans doute, le poète lui-même. Les archives du procès – retrouvées au cours du xixe siècle – constituent un admirable roman policier où tout est déjà en place : le tenancier indicateur de police, le mouton, l [...]


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Écrit par :

  • : professeur à la faculté des lettres et sciences humaines de Nice

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Pour citer l’article

Pierre GUIRAUD, « ARGOT », Encyclopædia Universalis [en ligne], consulté le 20 janvier 2020. URL : http://www.universalis.fr/encyclopedie/argot/