COUTÉ GASTON (1880-1911)

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Poète « mineur » puisque chansonnier montmartrois, Gaston Couté, né à Beaugency sur la frange beauceronne, mort à trente et un ans dans un hôpital parisien, de la misère et de tous les excès qui ont dévoré sa santé, fut un vrai poète maudit et un authentique créateur. Moins connu qu'Aristide Bruant (il n'eut pas son Toulouse-Lautrec) son aîné, bien qu'une plaque signale son nom aux visiteurs de la place du Tertre à Montmartre, Couté laisse un recueil de poèmes écrits en patois beauceron — intelligibles cependant à tous sans effort — et qui sont rassemblés sous le titre d'un de ses poèmes les plus appréciés et les plus significatifs : La Chanson d'un gâs qu'a mal tourné (1961). C'est lui en effet qui, très jeune encore, ressentant l'appel de Paris et l'attrait des gloires montmartroises, n'hésite pas à quitter l'aisance que lui offrait une riche famille de meuniers établis dans la petite cité voisine de Meung-sur-Loire (qui connut d'autres poètes : Jean de Meung, François Villon) afin de tenter sa maigre chance à Montmartre. Pour tout bagage, il n'emporte que l'enthousiasme et les illusions de sa jeunesse, les souvenirs de son adolescence toute proche, les aigreurs et petites rancunes d'une âme sensible et d'un esprit caustique. Assez cependant pour nourrir l'inspiration de poèmes acides et tendres tout ensemble, souvent mordants, d'une virulence anarchiste et contestataire, qu'il « disait » lui-même dans les cabarets montmartrois : avec le recul du temps, ils apparaissent comme l'un des témoignages les plus lucides et les plus courageux sur l'hypocrisie bourgeoise et provinciale, sur la société cupide, mesquine et « bien pensante » du début du siècle.

Gaston Couté dénonce sans complaisance un petit monde dur aux faibles, à l'affût du « qu'en dira-t-on » et ligoté par tous les conformismes, dans les textes courts, denses et drus de sève campagnarde et d'accent du terroir, où l'on retrouve le ton accusateur de Villon : Les Gourgandines, La Julie jolie, Jour de lessive, Les Gâs qui sont à Paris, L'Odeur du fumier, Le Champ de naviots (c'est le cimetière), Le Gâs qu'a perdu l'esprit, Les Mangeux d'terre, Mossieu Imbu (de sa personne), La Complainte des ramasseux d'morts, Nos Vingt Ans, le petit monde de Zola illustré par Van Gogh !

J' pass'rai un bieau souèr calme et digne, / Tandis qu'chant'ront les p'tits moignaux... / Et, quand qu'on m'trouvra dans ma vigne, / On m'emport'ra dans l'champ d'naviots !

—  Guy BELOUET

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CHANSON FRANÇAISE

  • Écrit par 
  • Hélène HAZERA
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Dans le chapitre « La chanson réaliste »  : […] Une société d'auteurs, ancêtre de la S.A.C.E.M., est créée en 1851 : désormais, un auteur ou un musicien pourront gagner leur vie avec ce qui est devenu un travail. Le café-concert – le caf-conc' – établit le vedettariat. Il ne nous reste aucun enregistrement de Thérésa (Emma Valendon, 1837-1913) ou de Paulus (Jean-Paul Habens, 1845-1908), mais d'innombrables caricatures, photographies, mémoires, […] Lire la suite☛ http://www.universalis.fr/encyclopedie/chanson-francaise/#i_6691

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Guy BELOUET, « COUTÉ GASTON - (1880-1911) », Encyclopædia Universalis [en ligne], consulté le 04 décembre 2019. URL : http://www.universalis.fr/encyclopedie/gaston-coute/