ARGOT

L'argot est la langue spéciale de la pègre ou plus exactement, à l'origine, celle des gueux ou mendiants professionnels, puis celle des voleurs, tricheurs, escrocs de tout genre.

L'argot – on a dit d'abord le jargon – est la langue d'une confrérie secrète. Mendiants et voleurs étaient, en effet, groupés en bandes organisées sur le modèle des anciennes corporations avec leur hiérarchie, leurs cérémonies, leurs règles et le langage propre à toute activité spécialisée.

En outre, dans ce cas particulier, la langue du groupe est un langage secret dans la mesure où il protège des activités illicites et l'appartenance à des organisations illégales. Enfin, par son emploi, l'individu affirme son adhésion au groupe ainsi qu'aux buts et à la morale du clan.

La différenciation et l'interpénétration des couches sociales a entraîné le décloisonnement des divers jargons spécialisés, dont le vocabulaire est devenu un bien commun, tandis que les parlers populaires des grandes villes, appelés autrefois « bas-langage », se muent en argots modernes soumis aux changements accélérés de la société.

La pègre, son organisation, ses mœurs et son langage ont de tout temps exercé une véritable fascination sur le bourgeois, à travers une littérature dont le roman et la poésie picaresques, qui fleurissent en Espagne aux xvie et xviie siècles, constituent l'expression la plus originale et la plus achevée.

En France, trois grands thèmes, d'ailleurs souvent imbriqués, forment la trame de cette littérature argotique.

On trouve d'abord une littérature populiste qui peint les milieux et les caractères populaires à travers leur propre langage. D'origine lointaine, ce courant s'est matérialisé au xviiie siècle avec la poésie poissarde ; il envahit le théâtre, la chanson populaire, le roman ; sa forme la plus achevée reste L'Assommoir de Zola.

Une littérature misérabiliste a les gueux pour héros (nous dirions aujourd'hui les clochards). Ce courant ancien a sa source dans les vieilles confréries de mendiants et les cours des Miracles illustrées par Callot ; il débouche sur La Ch [...]


pour nos abonnés,
l’article se compose de 7 pages

Carte mentale

Élargissez votre recherche dans Universalis

Écrit par :

  • : professeur à la faculté des lettres et sciences humaines de Nice

Classification


Autres références

«  ARGOT  » est également traité dans :

COQUILLARDS

  • Écrit par 
  • Jean MEYER
  •  • 542 mots

Dès la conclusion du traité d'Arras (1435) entre Charles VII et Philippe le Bon, une partie des troupes utilisées au cours de la lutte des Armagnacs et des Bourguignons devient inutile, d'autant plus que le roi de France a déjà entamé la création du noyau d'une armée permanente. Après la trêve de 1444, le roi renvoie une partie des « écorcheurs », […] Lire la suite☛ http://www.universalis.fr/encyclopedie/coquillards/#i_6588

COUTÉ GASTON (1880-1911)

  • Écrit par 
  • Guy BELOUET
  •  • 448 mots

Poète « mineur » puisque chansonnier montmartrois, Gaston Couté, né à Beaugency sur la frange beauceronne, mort à trente et un ans dans un hôpital parisien, de la misère et de tous les excès qui ont dévoré sa santé, fut un vrai poète maudit et un authentique créateur. Moins connu qu'Aristide Bruant (il n'eut pas son Toulouse […] Lire la suite☛ http://www.universalis.fr/encyclopedie/gaston-coute/#i_6588

JOBELIN

  • Écrit par 
  • Daniel POIRION
  •  • 336 mots

Dans la première édition imprimée de François Villon (Pierre Levet, 1489), six ballades en argot sont rassemblées sous le titre : Jargon et jobellin. Le second terme doit préciser le premier ; on pense qu'il désigne le jargon des gueux ; mais, si on le rapproche du mot « jobe » ( […] Lire la suite☛ http://www.universalis.fr/encyclopedie/jobelin/#i_6588

LANGUE REGISTRES DE

  • Écrit par 
  • Catherine FUCHS
  •  • 840 mots

lexicale existant entre les niveaux de langue, en particulier entre la langue courante et l'argot : les exemples du type « avoir peur » /« flipper » ou « voiture » /« tire » sont légion. On remarquera à ce propos que les formations lexicales argotiques, souvent éphémères, recourent à une multiplicité de procédés aussi bien sémantiques (emprunts à […] Lire la suite☛ http://www.universalis.fr/encyclopedie/registres-de-langue/#i_6588

RICHEPIN JEAN (1849-1926)

  • Écrit par 
  • Antoine COMPAGNON
  •  • 346 mots

Jeune normalien, Jean Richepin, après s'être engagé dans les francs-tireurs durant la guerre de 1870, se fait remarquer au quartier Latin par ses excentricités qui dénotent un mépris des conventions sociales. Son premier recueil poétique, La Chanson des gueux (1875), obtient un très vif succès de scandale. Sa révolte sincère s'y […] Lire la suite☛ http://www.universalis.fr/encyclopedie/jean-richepin/#i_6588

RICTUS GABRIEL RANDON DE SAINT-AMAND dit JEHAN (1867-1933)

  • Écrit par 
  • Antoine COMPAGNON
  •  • 442 mots

Beaucoup de mystère entoure l'origine de Jehan Rictus, écrivain populaire français. Sans doute fils naturel d'un noble anglais et d'une marquise française, il passe des années d'enfance malheureuses avec sa mère, après que son père l'eut quittée. Très jeune, il abandonne sa famille et vient de Boulogne-sur-Mer à Paris. Tour à tour manœuvre, […] Lire la suite☛ http://www.universalis.fr/encyclopedie/rictus-gabriel-randon-de-saint-amand-dit-jehan/#i_6588

SCHWOB MARCEL (1867-1905)

  • Écrit par 
  • Claude BURGELIN
  •  • 474 mots

Journaliste, conteur, poète, grammairien, essayiste, romancier... Il est bien difficile d'étiqueter les recherches de Marcel Schwob, esprit complexe et curieux, aussi attiré par le bizarre, les littératures anciennes ou étrangères, l'érudition que par la poésie naïve. Par ses travaux sur les littératures étrangères, il a beaucoup contribué à […] Lire la suite☛ http://www.universalis.fr/encyclopedie/marcel-schwob/#i_6588

Voir aussi

Pour citer l’article

Pierre GUIRAUD, « ARGOT », Encyclopædia Universalis [en ligne], consulté le 19 septembre 2017. URL : http://www.universalis.fr/encyclopedie/argot/