DERMOTA ANTON (1910-1989)

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Bien peu nombreux sont ceux qui peuvent prétendre appartenir à l'exigeante famille des ténors mozartiens d'exception. Anton Dermota en avait la voix de lumière, la limpidité d'expression et, surtout, la simplicité de ligne sans lesquelles on ne peut incarner impunément Tamino, Belmonte ou Ottavio. Pour cet ineffable bonheur, il faut, sans regret, renoncer aux triomphes personnels, aux effets qui ne font que séduire, au répertoire qui ne vit que d'aimable facilité. Anton Dermota a eu cette souriante abnégation : s'effacer pour que seul vibre Mozart.

Anton Dermota

Photographie : Anton Dermota

Le ténor autrichien d'origine yougoslave Anton Dermota (1910-1989) dans le rôle de Ferrando de Così fan tutte de Mozart. 

Crédits : Keystone Features/ Hulton Archive/ Getty Images

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Dermota naît à Kroupa (dans l'Empire austro-hongrois, aujourd'hui en Bosnie-Herzégovine, près de Bihác) le 4 juin 1910. C'est d'abord l'orgue et la composition qu'il étudie à Laibach (aujourd'hui Ljubljana). Il ne vient que plus tard au chant, qu'il travaille à Vienne avec Élisabeth Rado. En 1936, il fait ses débuts à l'Opéra de Vienne dans le premier homme armé de La Flûte enchantée de Mozart. Ses évidentes qualités musicales n'échappent pas à Arturo Toscanini, qui le choisit pour tenir la partie de Zorn dans cette célèbre production des Maîtres chanteurs qu'il monte la même année à Salzbourg. Jusqu'en 1959, il fera le pèlerinage annuel du festival autrichien pour y incarner la perfection du chant mozartien. Il entre dans la troupe de l'Opéra de Vienne comme on entre en religion. Dès lors, sa vie ne se distingue plus de celle de cet ensemble, dont la musicalité inouïe règne encore dans toutes les mémoires, poignant souvenir d'un paradis perdu. Il y tiendra avec éclat et modestie tous les grands rôles de ténor lyrique, Mozart, bien sûr, avant tout, mais aussi Wagner, Richard Strauss, Offenbach, Massenet, Tchaïkovski et Puccini. À la scène comme pour les enregistrements, les plus grands chefs ne peuvent se passer de lui. Ils s'appellent Bruno Walter, Karl Böhm, Josef Krips, Herbert von Karajan, Georg Solti, ou Wilhelm Furtwängler. Naturalisé autrichien (il fut d'abord Yougoslave), il est nommé Kammersänger en 1946. Suprême honneur, c'est lui qui incarne Florestan dans ce Fidelio que l'on donne en 1955 pour fêter la réouverture de l'Opéra de Vienne, enfin relevé de ses ruines après les bombardements de la Seconde Guerre mondiale. À partir de 1966, après trente ans de carrière lyrique, il se consacre à l'enseignement et se produit régulièrement dans un répertoire de lieder et de mélodies, accompagné par sa femme, la pianiste Hilde Berger-Weyerald. Il meurt à Vienne le 22 juin 1989.

Il ne reste pas grand-chose de la discographie de celui qui fut l'un des membres essentiels de la grande équipe de l'Opéra de Vienne des années 1940 et 1950. La qualité de ses prestations personnelles et la somptuosité des distributions qui l'entourent ne font qu'aviver nos regrets. Il faut le retrouver dans une Neuvième Symphonie de Beethoven avec Teresa Stich-Randall sous la baguette de Karl Böhm, mais, surtout, dans des enregistrements d'opéras qui restent encore inégalés : Arabella de Richard Strauss (avec Lisa Della Casa, George London et Georg Solti), Così fan tutte (avec Della Casa et Karl Böhm), Don Giovanni (avec Cesare Siepi, Della Casa, Fernando Corena et Josef Krips) et La Flûte enchantée (avec Irmgard Seefried, Wilma Lipp, Ludwig Weber, George London, Singverein de Vienne et Herbert von Karajan) de Mozart. Les enregistrements de concerts nous offrent en prime quelques autres merveilles : une autre Neuvième Symphonie de Beethoven avec Irmgard Seefried, sous la direction de Wilhelm Furtwängler (Vienne, mai 1953), une autre Flûte enchantée (avec Greindl, Lipp, Seefried et Furtwängler), saisie sur le vif au festival de Salzbourg le 6 août 1951. Et puis encore deux Requiem de Mozart, tous deux sous la baguette de Bruno Walter : l'un, à Paris, le 29 juin 1937 – c'est le premier enregistrement intégral de cette œuvre de l'histoire du disque –, avec [...]

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Pierre BRETON, « DERMOTA ANTON - (1910-1989) », Encyclopædia Universalis [en ligne], consulté le 16 janvier 2022. URL : https://www.universalis.fr/encyclopedie/anton-dermota/