AGRONOMIE

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Les premières étapes, de l'Antiquité au XVIIIe siècle

L'importance de l'agriculture dans la vie humaine, et en particulier dans les premières civilisations, a fait que très tôt des écrivains, souvent poètes, ont cru utile soit d'en célébrer les mérites, soit d'en préciser les recettes. Ces auteurs sont souvent qualifiés d'agronomes, encore que leurs explications soient rarement scientifiques. On trouve dans Virgile, par exemple, une description de la naissance d'un essaim d'abeilles dans la carcasse d'un taureau qui appartient évidemment à la légende. Néanmoins, si l'on considère l'état des connaissances à cette époque, la description des techniques, ou des actions de certains agents naturels, même quand ceux-ci sont présentés comme des divinités, est souvent remarquablement exacte ; de ce point de vue, le qualificatif d'agronome n'est tout de même pas immérité. Il faut dire également que ces ouvrages traitent tous les problèmes de la vie rurale puisque, si la production animale et végétale y tient sa place, celle-ci est parfois réduite par rapport à celle qui est faite à l'aménagement de la maison et du jardin, aux soins à donner aux malades, ou aux règles de vie.

Si Hésiode et Virgile sont des poètes, Xénophon avec son Économique est incontestablement un agronome. D'ailleurs l'expression « économie rurale » est presque un synonyme d'agronomie pris au sens très large ; ce fut le nom de la section de l'Académie des sciences qui regroupait les agronomes, et c'est également l'expression qui, en allemand, désigne l'agriculture au sens large.

À mesure que le temps s'écoule, que l'agriculture est plus ou moins florissante, on voit, parallèlement, se multiplier les ouvrages concernant l'agronomie. À l'époque de la paix romaine, Caton, Varron, Columelle, Palladius ont laissé des traités qui ont été cités pendant très longtemps.

Mais c'est surtout à partir du xvie siècle que la littérature s'enrichit de nombreux ouvrages que l'imprimerie permet de multiplier. Parmi les plus célèbres, il faut citer : Les Prouffitz ruraulx de Pierre de Crescens, Les Vingt Journées d'agriculture d'Agostino Gallo, Recepte véritable etc. de Bernard Palissy, Ricordo d'Agricultura de Tarello, et enfin le Théâtre d'agriculture et Mesnage des champs d'Olivier de Serres. Parallèlement, en Allemagne et en Angleterre, paraissaient quelques ouvrages, s'inspirant souvent de ceux qui viennent d'être cités, auxquels on pourrait joindre, d'ailleurs, des livres plus spécialisés intéressant l'élevage, celui des chevaux en particulier, la botanique, l'aménagement des jardins, etc.

Le siècle suivant voit également paraître un certain nombre d'ouvrages consacrés à l'agriculture et, jusque vers la fin du xviiie siècle, ils conserveront fréquemment le caractère encyclopédique, s'intitulant souvent « maisons rustiques », « dictionnaire de l'agriculture », ce qui est bien caractéristique de la présentation des sujets.

Quelle était la nature des progrès réalisés pendant cette période ? Ces ouvrages ont permis de faire connaître certaines techniques découvertes plus ou moins par accident depuis la plus haute antiquité, et qui ont été ainsi introduites ou rappelées dans les régions où elles avaient été oubliées au cours de périodes troublées. On voit se multiplier et se perfectionner les outils servant à travailler la terre ou à récolter les plantes. Le maintien de la fertilité, soit par apport de déchets des villes ou de l'industrie, soit par l'utilisation de terre améliorante comme les marnes ou les terres de curage des fossés, précède l'emploi des engrais chimiques.

L'assainissement des terres, le drainage en particulier, fait presque toujours l'objet d'un ou plusieurs chapitres, il en va de même pour l'irrigation dans les régions méditerranéennes. Mais les préoccupations les plus caractéristiques concernent la définition des assolements et des rotations des cultures sur les parcelles d'une part, l'introduction de plantes nouvelles d'autre part. Les agronomes latins insistaient déjà sur la nécessité de suivre certaines rotations, c'est-à-dire des successions de plantes données dans un ordre déterminé sur une même parcelle. À la rotation biennale signalée par les Romains succèdent une rotation triennale, puis des rotations plus complexes telles que celles proposées par Tarello, la rotation de Norfolk, etc. Il y a une certaine confusion entre les notions d'assolement car, dans l'agriculture assez stable de l'époque, la répartition des surfaces entre cultures (l'assolement) reflétait assez fidèlement leur succession au fil des années dans les champs (la rotation culturale).

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Écrit par :

  • : directeur de recherche honoraire à l'Institut national de la recherche agronomique
  • : professeur émérite de AgroParisTech (ex. I.N.A.-P.G.), ancien directeur scientifique de l'Institut national de la recherche agronomique, membre de l'Académie d'agriculture

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Pour citer l’article

Stéphane HÉNIN, Michel SEBILLOTTE, « AGRONOMIE », Encyclopædia Universalis [en ligne], consulté le 03 décembre 2021. URL : https://www.universalis.fr/encyclopedie/agronomie/