TERRE ÂGE DE LA

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La force du raisonnement philosophique

Tout comme le jour et la nuit, les saisons, les années et les générations semblent se répéter inlassablement. D'un bout à l'autre de la Terre, il en résulta une conception du temps qu’on a qualifié de cyclique. Comme l’a résumé Mircea Eliade dans son classique Mythe de l’éternel retour (1949), « tout recommence à son début à chaque instant. Le passé n’est que la préfiguration du futur. Aucun événement n’est irréversible et aucune transformation n’est définitive. Dans un certain sens, on peut même dire qu’il ne se produit rien de neuf dans le monde, car tout n’est que la répétition des mêmes archétypes primordiaux ».

Un tel cadre se trouva conservé quand les grandes écoles philosophiques grecques furent fondées en un siècle et demi seulement par Démocrite (~460-~370), Platon (~428-347), Aristote (~385-~322), Épicure (~341-~270) ou Zénon de Cittium (~335-~264), le premier stoïcien. La question la plus importante, celle de l’origine du monde, ne fut bien sûr pas laissée de côté. Dans la grandiose cosmologie de son dialogue le Timée, Platon affirma que le monde avait connu un début : il lui attribua comme auteur un démiurge ayant ordonné la khôra, un « réceptacle » qui fut peu après considéré comme une matière informe. En dépit de leurs désaccords fondamentaux, les atomistes et les stoïciens partagèrent l’idée que le monde passait continuellement par des cycles de formation et de destruction, ces destructions résultant respectivement du hasard des collisions atomiques et de conflagrations générales d’origine divine.

Postulats des philosophes de l’Antiquité

Tableau : Postulats des philosophes de l’Antiquité

Ce tableau illustre le contraste entre les principaux postulats des atomistes et de ceux des écoles platonicienne, péripatéticienne, stoïcienne et néoplatonicienne (d'après Furley, 1966). 

Crédits : Encyclopædia Universalis France

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Sur le long terme, les idées qui exercèrent l’influence la plus longue et la plus forte furent cependant celles d’Aristote. En décrivant un petit univers centré sur la Terre et borné par la sphère des étoiles fixes, ce dernier s’attacha à démontrer aussi bien philosophiquement que physiquement pourquoi le monde était nécessairement éternel. Si on supposait, par exemple, que le temps avait connu un début, on devait alors admettre une absence de temps auparavant, ce qui était absurde puisque la notion d’« auparavant » présupposait l’existence du temps. De même, un mouvement ne pouvait pas se produire spontanément : soit il existait de toute éternité, soit il résultait de l’action d’un autre mouvement qui était lui-même soit éternel, soit le produit d’encore un autre mouvement, et ainsi de suite. Quant à l’existence d’un monde céleste de toute évidence immuable, elle témoignait aussi de l’éternité du temps puisque l’incorruptibilité était par définition absolue. Dans son traité Du Ciel, Aristote conclut ainsi que « le ciel tout entier n’a pas été engendré et ne peut donc plus périr, comme certains le disent de lui, mais qu’il est un et éternel, n’ayant ni commencement ni fin à sa durée tout entière, et qu’il tient et contient en lui-même le temps infini, voilà ce dont on peut être convaincu ».

Tout comme le monde, le temps était incréé en se trouvant indissolublement lié au mouvement des astres. Dans un monde éternel, la Terre n’était pas pour autant localement immuable. Elle restait simplement soumise aux mêmes types de transformation qui pouvaient l’affecter. « Puisque le temps ne s’épuise pas et que l’Univers est éternel », Aristote affirma dans les Météorologiques que « les fleuves naissent et meurent et que ce ne sont pas toujours les mêmes lieux de la Terre qui sont immergés ». L’important était cependant que, « sur toute la Terre ce ne sont pas toujours les mêmes régions qui sont les unes une mer, les autres un continent, mais que toutes changent avec le temps ». Certes, tout changeait avec le temps, mais la Terre restait globalement inchangée de sorte qu’il n’était le siège d’aucune irréversibilité et qu’aucune évolution ne s’y produisait jamais. Une nature où tout était gouverné par les c [...]

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Postulats des philosophes de l’Antiquité

Postulats des philosophes de l’Antiquité
Crédits : Encyclopædia Universalis France

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La mort thermique de l’ Univers

La mort thermique de l’ Univers
Crédits : D.R.

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Profils de température à l’intérieur de la Terre

Profils de température à l’intérieur de la Terre
Crédits : Encyclopædia Universalis France

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Âge de la Terre calculé selon les compositions en isotopes du plomb

Âge de la Terre calculé selon les compositions en isotopes du plomb
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Pour citer l’article

Pascal RICHET, « TERRE ÂGE DE LA », Encyclopædia Universalis [en ligne], consulté le 05 octobre 2022. URL : https://www.universalis.fr/encyclopedie/age-de-la-terre/