AFRIQUE NOIRE (Culture et société)Religions

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Influence du christianisme et religions syncrétiques

Après diverses tentatives sans lendemain, telles que la conversion du roi du Congo en 1491 par les Portugais, le baptême d'un prince de la Côte-d'Ivoire emmené à Versailles et parrainé par Louis XIV ou les tentatives de missionnaires allemands pour évangéliser les Hottentots, le christianisme n'avait pratiquement pas réussi à s'implanter sérieusement jusqu'au début du xixe siècle. De nombreux missionnaires pénétrèrent alors de tous côtés le continent, en même temps que les voyageurs envoyés par les différentes nations européennes pour explorer les possibilités commerciales de l'Afrique. Catholiques et protestants, Anglais, Allemands, Suisses, Français, Hollandais, rivalisaient d'ardeur, s'appuyant sur la lutte contre l'esclavage et finalement préludant aux courses coloniales qui jetèrent les nations européennes à la conquête de l'Afrique. À la suite des destructurations sociales et politiques entraînées par la colonisation, en même temps que de l'incompréhension et du mépris marqué à l'égard des religions et des croyances purement africaines, le christianisme, comme l'islam, proposait un mode de regroupement possible ; mais l'obstacle de clergés importants et étrangers imposant des cultes dont les personnages sacrés étaient tous extérieurs à l'Afrique entraîna la constitution progressive d'Églises indépendantes, sectes africaines principalement issues des missions protestantes, puis la naissance de mouvements prophétiques et de cultes syncrétiques où se mêlent intimement les éléments africains du rituel et de la croyance aux liturgies et aux enseignements chrétiens.

À Johannesburg, le racisme provoquait dès 1882 la naissance d'une Église indépendante, l'« Église éthiopienne ». Cette Église et celles qui suivirent, bien que réagissant à l'hégémonie blanche, restent assez proches du protestantisme et du christianisme auxquels elles demeurent explicitement attachées. Il n'en est pas de même des mouvements prophétiques qui se sont développés depuis le début du siècle et ont joué un très grand rôle dans les mouvements de lutte pour l'indépendance. Ceux-ci se sont constitués à partir de la révélation d'un message de Dieu à un prophète, chargé de purifier ses semblables, et qui, luttant contre l'« idolâtrie », la « sorcellerie » et les maladies, développe généralement une organisation plus ou moins communautaire où les confessions publiques, les exorcismes et les baptêmes purificateurs prennent une grande place. Les adeptes des nouveaux cultes, possédés par les démons sources de tous les maux, sont délivrés par le prophète-guérisseur inspiré de Dieu ou du Saint-Esprit. C'est ainsi qu'au Liberia William Harris, emprisonné en 1910 à la suite d'une révolte du peuple Grebo contre la domination des anciens esclaves afro-américains, est visité par l'angle Gabriel et reçoit le Saint-Esprit. Vers 1914, il part en basse Côte-d'Ivoire et entre en lutte contre les « fétiches » d'une société obsédée par la magie et la sorcellerie et dont la pénétration européenne avait accéléré la décomposition. À sa suite, d'autres prophètes continuèrent à prêcher et à opérer des guérisons dans le cadre de ce qui était devenu le harrisme. Après la Seconde Guerre mondiale, Marie Lalou lance le mouvement Deyma où Jésus et Houphouët-Boigny, président de la république de Côte-d'Ivoire, figurent au nombre des divinités.

Au Congo belge, Simon Kibangou est pris comme sauveur et ses adeptes attendent de lui qu'il réalise l'unité des Noirs. C'est dès lors une profonde revendication nationaliste qui s'exprime par la voie religieuse, seule autorisée par la contrainte coloniale. Au Congo français, André Matswa fonde une association de « lettrés » et, lorsqu'il meurt en prison en 1942, ses fidèles continuent à attendre son retour. Matswanisme et kibanguisme tendent à se confondre dans une immense réaction contre l'oppression administrative et religieuse des Blancs en même temps que dans une tentative pour retrouver une certaine unité idéologique au-delà des parcellisations [...]

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Écrit par :

  • : chargé de recherche au C.N.R.S., responsable de l'équipe de recherche numéro 225 (sociétés d'Afrique occidentale) du C.N.R.S.

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Pour citer l’article

Marc PIAULT, « AFRIQUE NOIRE (Culture et société) - Religions », Encyclopædia Universalis [en ligne], consulté le 11 août 2022. URL : https://www.universalis.fr/encyclopedie/afrique-noire-culture-et-societe-religions/