5. Inventer d'autres espaces scénographiques
• La contestation de la salle à l'italienne
Les années 1960 sont aussi marquées par une remise en cause du lieu théâtral. Pour des raisons tant sociologiques qu'artistiques, la contestation violente de la salle à l'italienne introduit de nouvelles données, et cela même pour ceux qui poursuivent l'exploitation de la scène traditionnelle. Richard Peduzzi (né en 1943), qui réalise les décors de Patrice Chéreau à partir de 1969, introduit une dialectique scénique qui se fond avec la mise en scène. Elle se définit par la présence persistante de l'architecture utilisée comme signe, dépassant la seule référence à un lieu ou une époque pour organiser un espace métaphorique modulé par le jeu de l'acteur : édifices évoquant des gratte-ciel abandonnés pour Le Massacre à Paris de Marlowe (1972), éléments élancés de façades classiques pour La Dispute de Marivaux (1973), colonnes imposantes du Crépuscule des dieux au festival de Bayreuth (1976), ou encore pont d'autoroute lors de Combat de nègre et de chiens de Bernard-Marie Koltès (1983). Mais c'est peut-être avec Hamlet (1988) que s'expriment de manière la plus lisible l'écriture scénique de Peduzzi, sa capacité d'allier le symbolique à la fonctionnalité. Pour cette pièce, il imagine un plancher incliné dont la marqueterie rappelle une façade de palais Renaissance. Sol actif qui par travées se soulève, ou se creuse au fil de l'action, non seulement pour symboliser le château d'Elseneur, mais aussi l'univers chaotique de l'histoire, tout en offrant des aires de jeu adaptées aux comédiens. Ici, l'espace raconte sans dévoiler, tout autant que les mots.
La pratique scénographique de Yannis Kokkos (né en 1944) se développe auprès de Jacques Lassalle, puis se concrétise, à partir de 1969, au côté d'Antoine Vitez dans un échange artistique fécond. Elle bannit l'image descriptive et l'énumération symbolique, dans un style dépouillé qui élimine le superflu et l'artifice, et exalte la présence de l'ac […]
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