Né en 1930, autodidacte, formé à travers des expériences personnelles mais surtout par son propre appétit de culture, Antoine Vitez est issu d'une famille très « IIIe République » : sa mère est institutrice et son père photographe, animé de sympathies anarchistes. Vitez ne fait pas d'études universitaires, mais commence tôt à apprendre le russe – il traduit Cholokhov, Maïakovski, Boulgakov – et à travailler auprès d'Aragon dont il sera le secrétaire de 1960 à 1962 pour L'Histoire parallèle de l'U.R.S.S. et des États-Unis. Il suit, par ailleurs, les cours de théâtre de Tania Balachova. Assez vite, il commence à enseigner avec passion, et s'impose rapidement en tant que pédagogue, d'abord à l'école Jacques-Lecocq, ensuite, pendant plus de dix ans (1968-1981), au Conservatoire national, où il développe une approche personnelle qui rompt avec les habitudes anciennes. Il développe surtout le principe des exercices et des variations de jeu à partir des textes. En même temps, il s'applique à restaurer la diction de l'alexandrin dans sa dimension formelle, où la musique prend une place importante. Liberté et ordre extrême seront de fait les deux pôles de sa pédagogie. En même temps, Vitez assure pour les jeunes interprètes un passage facile de la salle de l'école à la scène du théâtre professionnel. Il s'agit d'une mise à l'épreuve, d'un défi à affronter pour l'élève comédien.
1. Un metteur en scène-pédagogue
Il y a, certes, de l'orgueil dans cette pratique, car le metteur en scène entend chaque fois se placer à l'origine d'une carrière, et non pas hériter d'interprètes déjà auréolés. Jusqu'à son arrivée à la Comédie-Française en 1988, Vitez aura le souci de toujours privilégier, dans le choix d'un rôle, la révélation aux dépens parfois de la justesse, et le comédien inconnu, jeune, aux dépens du comédien connu, peut-être davantage expert, mais forcément plus réservé et aussi davantage prisonnier du métier. Or, chez Vitez, l'imaginaire du corps ne peut s'accomplir que grâce à une distribution libre de […]
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