Né en 1928 à Paris, le peintre Gilles Aillaud, fils de l'architecte Émile Aillaud, étudia la philosophie après guerre, puis revint à la peinture qu'il avait pratiquée avec assiduité durant son adolescence. Son devenir-peintre n'eut pas lieu dans une école des Beaux-Arts mais silencieusement, dans un isolement qui dura plus d'une décennie. De cette période il gardera une étonnante capacité à se tenir à l'écart des courants et des modes. En un temps où l'on était abstrait ou figuratif, il peignit des animaux non domestiques, en attente dans des sites aménagés par les hommes à leur intention au jardin zoologique, animaux indifférents aux passions humaines. La critique rangea sa peinture sous la rubrique animalière et souligna l'enfermement, l'absence de liberté de ces lions, tigres, serpents, éléphants et crocodiles. Elle ne perçut pas l'émerveillement, l'effarement, la jubilation du peintre devant son sujet.
Dans les années 1960, Gilles Aillaud participa à des expositions d'œuvres réalisées à plusieurs, ainsi en 1965 avec Eduardo Arroyo et Antonio Recalcati, Une passion dans le désert, puis Vivre et laisser mourir, ou la Fin tragique de Marcel Duchamp, où ces trois peintres se représentèrent en train d'assassiner celui qui était devenu le pape de l'avant-garde, comme l'eussent fait trois voyous dans un thriller. Cette œuvre collective, présentée à la galerie Creuze à Paris, dans le cadre de l'exposition manifeste La Figuration narrative dans l'art contemporain, fit scandale et fut considérée par l'establishment artistique comme une provocation. Elle conduira Aillaud à expliciter son rejet non seulement de la classification traditionnelle des « beaux-arts », mais aussi de la croyance avant-gardiste et de son injonction à toujours innover, qui « contribue à anesthésier la sensibilité plutôt qu'à stimuler les pouvoirs d'action de l'esprit ». Ces prises de position sont la forme initiale d'une activité littéraire qui prendra un tour philosophique et politique, au temps de sa participation au Salon de la jeune peinture (de 1 […]
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