« Il y avait un petit port, comme dans un roman de Conrad, un bateau à voiles, comme dans un roman de Stevenson, un marin devenu milliardaire, comme dans un roman de Jack London, et deux types qui voulaient me tuer, comme dans un roman de Raymond Chandler. »(Jean-Luc Godard, Pierrot-le-Fou.)
Qui lit les mots « roman d'aventures » pensera d'abord – peut-être légitimement – qu'il s'agit là d'une expression incertaine, purement rêveuse, et bonne – tout au plus – à évoquer de lointaines ressemblances entre toutes sortes de récits d'époques et d'intentions complètement dissemblables ; le simple lecteur de fiction, toutefois, ressentira, sans avoir besoin de les formuler, les liens immédiats et profonds (et le plaisir identique) qui unissent – entre bien d'autres – la poursuite de la Baleine blanche, l'arrivée sur l'île au Trésor, le combat des Hobbits contre les forces de l'Ombre ; il saura naïvement ce qu'il y a de mystérieusement commun entre une boîte louche dans une ruelle crasseuse de New York, un voilier sur l'immensité d'une mer ténébreuse, une route déserte à travers un pays ignoré... Les lignes qui vont suivre ont pour but de délimiter, s'il est possible, puis d'explorer ces espaces imaginaires ; l'immensité des territoires parcourus (et leur incertitude) obligera le lecteur, qui s'identifiera ainsi aux héros de ses livres préférés, à trouver son propre chemin à l'aide des cartes toujours provisoires que nous lui suggérerons – sans qu'il lui soit garanti que, tel le malheureux Arthur Gordon Pym ou l'obstiné capitaine Achab, il ne sombrera pas dans l'inconnu, car l'aventure est imprévisible, tout comme la carte est incomplète, vaste la mer et rares sont les îles.
1. Frontières : limites du genre
• Une expression malheureuse
« Si Le Loup des mers – peut-on lire au dos de la couverture du livre dans une édition de poche – fut salué comme un chef-d'œuvre, il a été reconnu, à la grande déception de l'auteur, pour un roman d'aventures. » Déclaration surprenante, mais R. Flacelière, dans son int […]
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