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ROBINSON CRUSOÉ, livre de Daniel Defoe

C'est en 1719 que paraît l'un des romans les plus fameux de la littérature mondiale, Robinson Crusoé<it>Robinson Crusoé</it> , sous le titre original de The Life and Strange Surprizing Adventures of Robinson Crusoé, dû à la plume de l'écrivain anglais Daniel Defoe (1660-1731). L'aventure est tirée d'une histoire véridique, celle du marin écossais Selkirk, abandonné pour s'être rebellé sur l'île de Juan Fernandez, au large du Chili, de 1705 à 1709. Le récit de sa survie avait été fait par son sauveur, le capitaine Rogers, au fil des pages de son Journal intitulées Comment Alexandre Selkirk vécut quatre ans et quatre mois seul sur une île.

<it>Robinson Crusoé</it>Photographie

Robinson CrusoéLe frontispice de la première édition de Robinson Crusoé, le roman de Daniel Defoe (1660-1731). 

Crédits: Hulton Getty Consulter

1.  Un nouvel Adam

Robinson Crusoé est un aventurier dans l'âme. Adolescent, il fuit le domicile paternel, s'embarque, connaît un premier naufrage. Cela ne le dissuade en rien de poursuivre. De nouveau embarqué, il est capturé par les pirates, reste prisonnier deux ans, puis s'évade. Un nouveau périple le mène au Brésil, pour participer à la traite d'esclaves noirs. Alors qu'il fait route vers le Brésil, son navire fait naufrage non loin de l'embouchure du fleuve Orénoque. Seul survivant, Robinson échoue sur une île déserte. Il s'y installe peu à peu, à l'aide de quelques outils récupérés, et pratique tour à tour tous les métiers – charpentier, éleveur, menuisier, jardinier. Il s'assure ainsi le gîte et le couvert et se confectionne des vêtements. Il construit aussi une pirogue qui ne lui permet guère de s'éloigner beaucoup de l'île. Un jour, un groupe de cannibales débarque et s'apprête à sacrifier un des siens. Robinson délivre le malheureux, le nomme « Vendredi » et lui donne des rudiments d'éducation et de religion : « En peu de temps je commençai à lui parler et à lui apprendre à me parler. D'abord je lui fis savoir que son nom serait Vendredi, c'était le jour où je lui avais sauvé la vie, et je l'appelai ainsi en mémoire de ce jour. Je lui enseignai également à m'appeler maître, à dire oui et non, et je lui appris ce que ces mots signifiaient. » Les cannibales reviennent, avec deux prisonniers, un Espagnol et le propre père de Vendredi. Libérés à leur tour, ils sont envoyés par Robinson dans des missions exploratoires, afin d'essayer de trouver d'autres Européens. Accoste enfin un vaisseau. À son bord, l'équipage mutiné veut abandonner ses officiers. Mais ces derniers, avec l'aide de Robinson, reprennent le contrôle de la situation. Les mutins sont laissés sur l'île, afin de former l'embryon d'une future colonie. Quant à Robinson et Vendredi, ils regagnent l'Angleterre. Riche de ses plantations brésiliennes, qui pendant les vingt-huit années de sa réclusion ont prospéré, Robinson devient un notable, se marie et a trois enfants.

Le succès de l'œuvre fut tel que Defoe lui donna une suite la même année, en août 1719 : Les Ultimes Aventures de Robinson Crusoé, constituant la seconde et dernière partie de sa vie, et des étranges et surprenants souvenirs de ses voyages autour du globe, écrits par lui-même. Dans ce second livre, Robinson retourne sur son île pour aider les colons à lutter contre les cannibales, puis voyage à Madagascar et en Asie, jusqu'en Chine, avant de revenir en Angleterre.

2.  Une apologie de l'homme blanc

Robinson Crusoé est, paradoxalement, le roman anglais du bourgeois moyen, dont les aspirations sont celles d'un bon commerçant, organisateur avisé, naïf et pieux, ayant foi en l'homme et en la capacité de la grâce à conduire les actes de sa vie. Defoe y exalte les valeurs de son temps, qui précède et anticipe la révolution industrielle. Un temps où le progrès matériel, les nécessités de la productivité, les perfectionnements techniques s'accompagnent d'un mode nouveau d'organisation de la société. Le travail et ses fruits, la récompense à en attendre prennent le pas sur la vision chrétienne qui montrait l'homme, au sortir du Paradis, livré à lui-même et jeté dans le monde. C'est ainsi que Robinson organise sur son île un monde qu'il parvient à hiérarchiser. Au maximum de son peuplement permanent, quand l'île abrite quatre personnages, Robinson définit la répartition des tâches, les trois autres étant réduits au rôle d'exécutants : « Mon île était alors peuplée, je me croyais très riche en sujets ; et il me vint et je fis souvent l'agréable réflexion, que je ressemblais à un roi. Premièrement, tout le pays était ma propriété absolue, de sorte que j'avais un droit indubitable de domination ; secondement, mon peuple était complètement soumis. » C'est une division du travail avant la lettre.

L'originalité de Defoe est double : d'une part, Robinson Crusoé fût-il teinté de passages d'une tonalité plus négative, est un roman de l'optimisme, qui célèbre la capacité de l'homme à se dominer puis à exercer son pouvoir sur le monde environnant. De plus, Defoe repousse les limites de l'imaginaire en créant un monde cohérent, au moyen d'un luxe de détails précis qui rendent possible l'invraisemblable, exploit d'autant plus remarquable qu'il n'a lui-même jamais voyagé.

Le roman fait aussi l'apologie de certaines valeurs morales : l'exigence éthique guide Robinson, suivant la tradition puritaine, de l'erreur vers la vérité. Surprenant cheminement d'un négrier qui enseigne à Vendredi l'universalité de l'homme dans son rapport personnel et individuel à Dieu. Robinson incarne ici le rôle salvateur de l'homme blanc parti à la conquête de terres inconnues, justifiant la colonisation par les apports matériels de la civilisation occidentale, et les effets bénéfiques d'un enseignement spirituel menant au vrai Dieu. L'examen de conscience, pratiqué par Robinson dans sa solitude, devient alors un rappel des voies impénétrables de la providence, qui devaient le mener sur une île déserte pour sauver Vendredi, à la fois des griffes de ses congénères, et d'un paganisme débouchant sur le cannibalisme.

Avec Robinson Crusoé, Defoe est parvenu à créer un véritable mythe littéraire, imité ou détourné après lui par Johann-Rudolf Wyss (Le Robinson suisse, 1813), Jules Verne (L'Île mystérieuse, 1874), William Golding (Sa Majesté des mouches, 1954) ou Michel Tournier (Vendredi, ou les Limbes du Pacifique, 1967).

Jean-François PÉPIN

 

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Pour citer cet article

Jean-François PÉPIN, « ROBINSON CRUSOÉ, livre de Daniel Defoe  », Encyclopædia Universalis [en ligne], consulté le  . URL : http://www.universalis.fr/encyclopedie/robinson-crusoe/

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Bibliographie

D. Defoe, Vie et aventures de Robinson Crusoé, trad. P. Borel, édition de F. Ledoux, Bibliothèque de la Pléiade, Gallimard, Paris, 1959 ; Robinson Crusoé, Garnier-Flammarion, Paris, 1972.

Études

J.-P. Engélibert, La Postérité de Robinson Crusoé : un mythe littéraire de la modernité, Droz, Genève, 1997

P. Nordon, Robinson Crusoé, unité et contradictions, Paris, 1967.

 

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