Traduit dans le monde entier et popularisé par le cinéma, la télévision et le livre de poche, Jules Verne reste un des écrivains les moins connus de la littérature française. Il s'est en effet imposé dans deux secteurs traditionnellement considérés comme mineurs : les livres pour la jeunesse et la science-fiction. De plus, l'homme est mystérieux : secrets dramatiques jalousement gardés, contradiction entre ses opinions conservatrices et sa critique souvent agressive de la société fondée sur le profit.
1. Un vaudevilliste saint-simonien et anarchiste
Né à Nantes, dans une famille d'avoués et d'armateurs, Verne semble avoir mal supporté la sévérité des méthodes éducatives de son milieu (une fugue à l'âge de onze ans). Son père veut faire de lui un avocat, mais le jeune homme, à Paris, suit rarement les cours de droit et rêve de littérature. Il fréquente les artistes et bohèmes influencés par les idées républicaines. Ses sympathies démocratiques, dès cette époque, sont certaines, mais ses affinités le portent surtout vers les saint-simoniens et les anarchistes. Il ne semble pas avoir pris une part active à la révolution de 1848 ; il écrit des opérettes avec le musicien Marcel Hignard, fréquente Alexandre Dumas qui le protège, Jules Seveste qui lui procure un poste de secrétaire au Théâtre-Lyrique, Pitre-Chevalier, directeur du Musée des familles, qui publie ses premiers essais littéraires, nouvelles historiques, saynètes bourrées de calembours, récits de voyage. En 1856, il se range, épouse une jeune veuve, achète, grâce à une avance de son père, une charge d'agent de change, mais n'abandonne pas pour autant ses ambitions littéraires. Il cherche une idée directrice qui lui appartienne en propre. Les expériences de ses amis Nadar (nom d'emprunt de Félix Tournachon), G. de La Landelle et Ponton d'Amécourt sur la navigation aérienne lui inspirent un roman (le futur Cinq Semaines en ballon) où le thème se cherche et tente de se préciser, mais le manuscrit est refusé par quinze éditeurs.
Le seizième tou […]
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