2. Le mariage par groupes
• Une hypothèse évolutionniste
Le mariage par groupes a occupé, grâce aux travaux de Lewis H. Morgan, une place importante dans l'anthropologie. Celui-ci, en effet, a supposé, dans son schéma de l'évolution du mariage, que l'homme, à peine sorti de l'animalité, a vécu d'abord dans un état de promiscuité sexuelle complète. À partir de ce premier stade, on aurait la famille consanguine, qui constitue déjà un progrès par rapport à la promiscuité originelle, excluant les mariages entre parents et enfants, mais permettant ceux entre frères et sœurs. Alors que la promiscuité sexuelle n'est, chez Morgan, qu'un postulat logique de sa théorie évolutionniste, la famille consanguine lui paraît suggérée par un certain nombre de faits empiriques, en particulier par le système de parenté hawaiien qui englobe dans une même désignation tous les parents d'une seule génération ; or, dit Morgan, si les oncles maternels sont appelés du même nom que les pères, c'est qu'ils étaient bien également des pères, pouvant s'unir à leurs sœurs ; la preuve en est encore qu'un seul homme désignait ses fils, ses filles, ses neveux et ses nièces d'un même terme, témoignage évident, à ses yeux, que ses sœurs étaient leurs épouses communes, à lui et à tous ses frères. Le mariage par groupes constituerait, dans le schéma évolutif de Morgan, le troisième moment, moment au cours duquel « un groupe d'hommes se marie conjointement à un groupe de femmes », et aurait ainsi servi de transition entre la promiscuité primitive et les formes actuelles du mariage, polyandrie et polygynie, puisqu'au fond un mariage par groupes n'est jamais qu'un ensemble de relations polyandriques et polygyniques coexistant. D'après Kohler, la nomenclature de parenté dakota serait le témoignage de ce type de mariage, où les frères AAA auraient épousé les sœurs bbb et les frères BBB les sœurs aaa.
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