6. La polygynie
• La polygynie du chef, gage de la sécurité individuelle
On doit donc distinguer plusieurs types de polygynie. Nous appellerons la première archaïque. Elle a été étudiée par Lévi-Strauss chez les Nambikwara du Brésil où existe la polygamie des chefs (et des sorciers) en opposition à la monogamie des sujets. « Le groupe, dit-il, a échangé les éléments d'une sécurité individuelle qui s'attachaient à la règle monogame contre une sécurité collective qui découle de l'organisation politique. » Le chef Nambikwara, en effet, a de lourdes responsabilités, car c'est lui qui doit programmer l'itinéraire d'une population nomade afin d'assurer sa subsistance, qui négocie ou organise la lutte avec d'autres tribus, qui doit enfin constituer des réserves. Ses sujets, en compensation, lui permettent la polygamie, mais les femmes secondaires qui lui sont données sont des compagnes plus que des épouses, elles ne cuisinent ni ne s'occupent du ménage, elles l'assistent dans ses expéditions, dans ses travaux agricoles ou artisanaux, car sans elles, il ne pourrait faire face à ses responsabilités. La polygamie du chef peut donc être définie comme « la superposition d'une forme pluraliste de camaraderie amoureuse à un mariage monogame » et l'existence, dans une même population, de sujets monogames et d'un chef polygame comme la rencontre de deux systèmes de prestations et contre-prestations complémentaires, celui qui lie entre eux les membres individuels du groupe (le mariage monogame) et celui qui lie entre eux l'ensemble du groupe et son chef (sécurité des individus assurée par la polygamie du chef).
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