8. Les idéologies de la polygynie
L'Occident réprouve la polygamie (bien qu'il connaisse, avec l'augmentation du nombre de divorces et des remariages, une forme de polygamie sérielle). Cependant, la polygamie résiste aux critiques comme aux efforts qui ont été faits pour la rayer des droits coutumiers. On peut se demander pourquoi.
• Continuité du lignage
La première raison, qui ne paraît pas la moins forte, c'est la nécessité d'avoir des enfants qui continuent le lignage et le culte des ancêtres. Si une femme est stérile (car, dans l'idéologie des peuples cités, la stérilité est toujours considérée comme féminine, non comme masculine), on épousera donc une seconde femme. D'une façon générale, la pluralité des femmes est la plus sûre garantie, pour le pasteur comme pour l'agriculteur, d'avoir une postérité mâle, et cela est surtout important pour les familles patriarcales où tout l'avenir de la famille repose sur l'aîné. On sait aussi que le sevrage est, dans les populations archaïques, généralement tardif et que l'enfant continue à prendre le sein de sa mère durant dix-huit mois, deux ans, parfois plus ; or, pendant tout ce temps, les relations sexuelles sont interdites entre la mère et le père, car « elles gâteraient le lait ». Ce qui fait que la polygynie permet une meilleure santé de la femme qui peut espacer la naissance de ses fils de deux en deux ans au minimum sans que le mari, désireux de prouver sa virilité par une nombreuse progéniture, ait à souffrir de cet interdit. D'ailleurs, l'urbanisation agit sur ces deux phénomènes en même temps : tandis que la polygynie tend à disparaître ou tout au moins à se restreindre, la durée de l'allaitement diminue et les rapports sexuels apparaissent même avant le sevrage.
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