Persécuter, ce fut d'abord suivre ou poursuivre en justice (persequi), jusqu'au bout. Les persécutions du pouvoir romain contre les chrétiens et celles de l'Inquisition contre les hérétiques furent des actions judiciaires régulièrement menées. L'acharnement que peut mettre contre un homme l'appareil judiciaire – ceux qui le servent et ceux qui le déclenchent – a servi de modèle à une conduite humaine qui appartient à l'agressivité et au sadisme et qui a acquis par rapport à eux une certaine autonomie. La persécution garde de son origine judiciaire le procédé licite (elle évite le délit), la justification (elle a bonne conscience), l'absence de colère (elle est froide) ; elle diffère encore des autres actes agresso-sadiques (meurtre, coups et blessures, etc.) par la préméditation et la persévération. Elle se développe lentement, progressivement, tâche d'obtenir l'humiliation, la fuite ou le suicide de sa victime, esquivant ainsi la pénible nécessité de la supprimer.
Comprendre comment et pourquoi un homme est amené à en persécuter un autre, et un groupe à persécuter un groupe minoritaire, c'est poser dans toute son ampleur le problème du mal ou de l'agressivité, le choix du vocabulaire dépendant d'une option normative devant les diverses formes de la violence.
D'autre part, s'il y a des hommes qui en persécutent d'autres, il y aura des persécutés qui intéresseront la victimologie, et aussi des personnes qui se croiront persécutées, même si elles ne le sont pas, et qui intéresseront la psychiatrie, puisque leur fausseté de jugement relève du délire. Et, comme ce sont souvent les mêmes qui persécutent et se croient persécutés, on aura à s'interroger sur cette dialectique de réciprocité.
1. Le persécuteur
• Les motivations de la persécution
La persécution est à l'agressivité furieuse (à l'hybris) ce que la combustion lente est à la déflagration ; de même que le chimiste a découvert la combustion dans la fermentation, le psychologue a décelé la violence et la colère dans les condu […]
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