Les deux termes grecs qui ont formé le mot « holocauste » signifient « je brûle tout ». C'est, en effet, un sacrifice où la victime est tout entière brûlée, détruite. Le premier chapitre du Lévitique règle l'ordonnance des holocaustes de gros bétail (veaux), de menu bétail (agneaux, chèvres), d'oiseaux (pigeons, tourterelles) en spécifiant, s'il s'agit d'un quadrupède, qu'il importe d'offrir un mâle, et un mâle sans défaut.
L'holocauste n'est pas un sacrifice mangé, puisque la victime est consumée intégralement (sauf la peau, qui revenait aux prêtres, et le sang, qui était versé au pied de l'autel). Mais c'est un sacrifice de repas préparé pour le dieu, et même un repas complet, à lui réservé. Les parties comestibles de la victime étaient, en effet, apprêtées ; les entrailles et les jambes étaient lavées ; les pigeons étaient plumés ; on ajoutait de la farine trempée d'huile et des libations de vin. Le sens est donc clair : c'est à la nourriture du dieu, à son entretien, à la restauration de ses forces qu'on pourvoyait. Bien entendu, des sens symboliques se sont rapidement greffés sur ce sens trop matériel. L'holocauste était le signe d'une offrande totale. C'était le donateur, non la victime, qui vouait son sang et son cœur, sa graisse et ses reins, c'est-à-dire (selon la psychologie des Sémites) son intelligence et sa sensibilité.
Le mot holocauste est passé dans la langue courante : il signifie immolation de soi, ou même sacrifice en général, mais avec l'idée qu'il s'agit d'un don plénier, d'une générosité, d'un renoncement ou d'une souffrance qui ne connaissent pas les demi-mesures.
Henry DUMÉRY
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