3. Giordano Bruno
C'est cette solution néo-platonicienne au problème de la transcendance de l'être qui sera adoptée (et adaptée) par certaines philosophies médiévales, arabes, juives, ou chrétiennes. Elles constituent la charnière qui relie Plotin à la Renaissance par Giordano Bruno. On ne les évoque ici que pour mémoire, préférant laisser parler le représentant même du panthéisme moderne, Giordano Bruno. Celui-ci se réfère fort souvent à Plotin, et il cite parfois un Arabe et un chrétien, Avicébron et David de Dinant. S. Munk a établi que le Maure Avicébron était en réalité le philosophe juif espagnol Ibn Gabirol (xie s.), auteur du Fons vitae, traduit de l'arabe. David de Dinant, condamné par l'Église, est surtout connu par les comptes rendus et les extraits qu'on trouve de son œuvre chez Albert le Grand.
Ce que Bruno retient essentiellement chez David de Dinant et chez Ibn Gabirol, c'est l'affirmation de la divinité de la matière. À partir de ce point de départ, on comprend qu'on puisse retrouver l'inspiration essentielle du panthéisme jusqu'au cœur du Moyen Âge : Dieu est infini, et la nature matérielle qui est divine fait partie intégrante de cet infini. Le monde, dès lors, est réunifié et l'on peut affirmer valablement et que Dieu est l'infini et que Dieu est Un.
C'est cette inspiration qu'on retrouvera chez Giordano Bruno, le système des concepts venant de la lutte difficile qu'il dut mener contre l'emprise aristotélicienne, qui dressait tout un barrage entre Plotin et lui-même.
Reconnaissant, à la façon de Plotin, que « toute la philosophie est une recherche sur le premier principe », Bruno doit élaborer son système avec les concepts aristotéliciens de forme et de matière, de substance et d'accident, de cause et de principe, mais en se dressant contre ces concepts, et en leur attribuant un sens parfaitement neuf et subversif. C'est dans cette perspective que l'on peut mieux comprendre que l'ouvrage principal de Bruno, Cause, principe et unité (De causa, principio et uno […]
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