6. L'essence du panthéisme
L'affirmation principielle du panthéisme porte sur l'Unité de l'Être, c'est-à-dire sur l'unité homogène et dynamique de la Totalité. Immanence et totalité se trouvent aussi bien chez Plotin et Bruno que chez Spinoza, Schelling ou Hegel.
Cette Unité-Totalité est Dieu. Mais, tandis que les stoïciens, Plotin ou Bruno voient en ce Dieu Nature un grand animal vivant, et Hegel un Esprit aux multiples figures, Spinoza n'affirme rien de cet être, qui est pure autonomie infinie de la Nature.
Cependant, chez Spinoza comme chez tous les « panthéistes » (ce mot n'est d'ailleurs utilisé par aucun des philosophes de la Totalité), le problème essentiel réside dans les rapports de l'Être à ses modalités finies. Bruno, Plotin ou Schelling n'hésitent pas à parler d'ombre et de simulacre à propos du monde sensible, ou même de chute (comme Schelling) ou d'aliénation (comme Hegel). Pour Spinoza, la partie n'est pas le tout, mais, éclairée par la connaissance rationnelle, elle peut s'intégrer au tout. Il bannit totalement les idées de chute, de mal, de finitude au sens religieux. Ni le monde comme nature ni l'homme comme idée du corps ne sont à expliquer par les vieux concepts de chute ou de péché, concepts qu'on retrouve encore, mais voilés, chez Plotin, chez Bruno ou chez Schelling. L'opposition de la totalité et des parties est simplement objective et rationnelle. Seule l'ignorance de la nécessaire intégration des parties dans leurs totalités respectives et dans le Tout est une servitude : mais elle est issue de l'imagination humaine, de la passion et de la superstition.
En fait, les choses singulières ne sont pas tombées hors de l'être, ni soumises à l'être. L'être, comme les choses qui l'expriment, se déploie selon une nécessité rigoureuse qui concerne tous les êtres.
Mais, tandis que, à propos de cette nécessité cosmique, les Grecs parlent de providence ou de destin, Bruno de secrets magiques de la Nature, et Schelling de religion ésotérique et de contact avec Dieu, Spi […]
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