Une comparaison entre les sculptures paléolithiques qui représentent le nu féminin et certaines peintures modernes comme le Nu bleu de Matisse, la Femme dans un fauteuil de Picasso ou des sculptures comme la Femme couchée de Henry Moore conduit à admettre que, quoique le but des images préhistoriques soit autre que celui des artistes modernes (la Vénus stéatopyge était un symbole de fertilité), on se trouve dans ces deux cas en face de représentations qui n'ont rien à voir avec le nu que les musées de la tradition humaniste ont rendu familier.
L'Occident vit encore, ou plutôt a vécu jusqu'à hier, sur l'héritage grec. Mais aujourd'hui, la Vénus de Milo est devenue la victime du kitsch, elle est employée comme marque de fabrique pour des cosmétiques, et peu de gens se rendent compte qu'à l'origine de ce qui a été longtemps un des fondements de l'art occidental, le nu, il y a une disposition psychologique propre aux Grecs.
1. L'idée grecque du nu et son évolution
Chez les Grecs, le culte de la nudité totale était une conséquence de leur sens de la perfection humaine, et possédait donc un aspect éthique, non seulement physique : leur profonde conscience de ce qui était implicite dans la beauté physique leur fit éviter la sensualité et l'esthétisme. Cette fusion du physique et du psychique leur permit de donner une forme humaine à des idées abstraites. Alors furent créées les statues de divinités qui ont obsédé l'imagination de l'Occident pendant des siècles.
Ces œuvres revêtirent ensuite de nouveaux contenus éthiques, tant chrétiens qu'héroïques, jusqu'au moment où, impuissantes à exprimer une idée, elles se réduisirent à une enveloppe de perfection formelle (trop souvent un masque vide) à la période néo-classique. Mais ce masque avait été à l'origine cette « cuirasse esthétique » d'un principe moral qu'est le corps divin de l'Apollon grec dérivé du premier beau nu dans l'art, l'éphèbe de Kritios (env. 480 av. J.-C., musée de l'Acropole à Athènes). Dans son David, Donatello n'a re […]
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