7. Nu et pornographie
Moins compliqués que nous, les hommes de la Renaissance trouvaient tout naturel que le nu puisse éveiller des pensées luxurieuses, mais ils ne voyaient pas en cela une raison pour nier la qualité artistique de l'objet. La légende est riche d'anecdotes tirées de l'amour de l'homme pour une statue : Pygmalion, La Vénus d'Ille de Mérimée, qui a élaboré un conte de Guillaume de Malmesbury ; Henri Heine et Oscar Wilde se sont aussi inspirés de cette légende, et la contemplation morbide des statues est un thème traité même par les romanciers modernes (par exemple A Fairly Honourable Defeat d'Iris Murdoch, Londres, 1970). L'expédient qui consiste à couvrir avec des lambeaux d'étoffe ou des feuilles les parties sexuelles des nus est l'aveu implicite de l'ambivalence de la représentation du nu. Tout dépend de la disposition du spectateur : le moine de Lewis et le saint Antoine de Flaubert pouvaient sentir leurs sens éveillés par la contemplation du visage de la Vierge, et Kenneth Clark trouvait du sex-appeal à une composition géométrique suggestive de Brancusi. Mais si l'élément de l'appel au sexe est inévitable dans la représentation même abstraite du nu, ce qui tranche la question de la pornographie est la présence dans l'œuvre, au-delà de cette donnée naturelle, d'une valeur esthétique.
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