4. Le nu réaliste
À côté de cette survivance des types grecs et de son évolution, il faut noter le développement d'une autre convention, qui dérive du christianisme et n'a pas comme origine le corps héroïque qui se montre orgueilleusement dans la palestre, mais le corps blotti dans la conscience du péché. Cette convention, qui aboutit au réalisme, quoique, selon Kenneth Clark, on ait tort de la confondre avec cette tendance, culmine dans les nus de Rembrandt qui sont pénétrés de pitié chrétienne : l'acceptation chrétienne d'un corps qui n'est pas beau est le privilège d'une âme chrétienne. La Bethsabée de Rembrandt (Louvre) trahit ses sentiments par son attitude et l'expression de son visage, tandis que le même sujet, traité par Rubens (Dresde), fournit seulement l'occasion d'exposer les appâts d'un corps féminin. Et dans une gravure de Diane (British Museum), Rubens a représenté le nu flasque d'une femme mûre, avec tous les menus sillons imprimés sur la chair par le costume féminin très compliqué de l'époque du peintre – jarretières, corset, rubans des manches. Dans les pays du Nord, la convention gothique, qui ne visait pas à une beauté pure, mais exploitait les aspects les moins gracieux du corps humain – voire les pieds larges et plats – pour en tirer une arabesque bizarre, favorisait le réalisme. Les nus féminins de Cranach ne sont pas des parangons de beauté, mais ils possèdent une âpre élégance qu'on peut retrouver dans le Nu bleu de Matisse.
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