5. Le mépris de l'imitation
Le Nu bleu de Matisse, Les Demoiselles d'Avignon de Picasso (Museum of Modern Art, New York) ne doivent pas être considérés comme une réaction contre l'académisme, déjà contesté au cours du xixe siècle, mais plutôt contre l'idée que le peintre doive être une machine photographique pleine de sensibilité et de précision. Les Demoiselles d'Avignon dépassa la satire : c'est une invective chargée de haine, le peintre balafre le nu avec la même espièglerie cruelle qui poussait les dadas à mettre des moustaches à la Joconde. C'est peut-être à la suite de tels excès qu'aujourd'hui on recommence à apprécier les artistes académiques et photographiques du siècle passé tels Gérome ou Bouguereau.
On peut se demander si même l'art abstrait est parvenu à éliminer la représentation du nu. Kenneth Clark s'interroge justement : « N'est-ce pas parce que certaines formes quasi géométriques sont des images simplifiées des formes qui nous plaisent dans le corps féminin qu'elles nous sont agréables ?... Cette union inattendue du sexe et de la géométrie prouve que l'idée du nu est liée très profondément à nos notions les plus élémentaires d'ordre et de dessin. »
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