8. Les limites de la réplique
L'immense et nouvel espace de communication que constitue Internet est difficile à soumettre à la législation de la liberté d'expression telle qu'elle s'applique dans l'écrit et l'audiovisuel. Son étendue, sa constante recomposition, son fonctionnement technique, par sites, hébergeurs, liens et autres composantes potentiellement mobiles constituent autant d'obstacles à l'application d'une telle législation. Mais les problèmes posés sont loin d'être seulement techniques. Les points de vue, en effet, ne cessent de s'opposer entre, d'un côté, ceux pour qui le négationnisme est un délit, au même titre que d'autres propos racistes, antisémites ou xénophobes, et, de l'autre côté, les défenseurs radicaux de la liberté d'expression et ceux qui craignent qu'un recours à la justice ne transforme l'histoire en vérité officielle. Malgré la Déclaration universelle des droits de l'homme ou les traités, par exemple européens, de lutte contre le racisme et la xénophobie, ces débats achoppent aussi sur la disparité des formules de répression nationales. Ainsi, en Grande-Bretagne, le négationnisme n'est pas reconnu comme un délit. Si David Irving fut condamné par un tribunal britannique en avril 2000 comme antisémite, raciste et collaborant avec des néo-nazis, c'est parce que lui-même avait déposé une plainte en diffamation contre l'universitaire américaine Deborah Lipstadt, à qui il reprochait d'avoir ruiné sa réputation d'historien en le décrivant comme un admirateur d'Hitler dans son livre consacré au négationnisme en 1993. En Allemagne, la loi ne sanctionne pénalement que la négation du génocide perpétré par les nazis, alors que, en Espagne ou en Suisse, c'est la négation de tout crime contre l'humanité qui est passible de poursuites. En France, votée à un moment où le Front national obtenait des scores électoraux préoccupants pour la démocratie, la loi Gayssot du 13 juillet 1990, qui sanctionne la contestation des crimes contre l'humanité définis par le […]
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