3. De l'hypercritique littéraire au négationnisme : Robert Faurisson
Né en 1929, Robert Faurisson est en 1974 un obscur universitaire, maître de conférences en littérature. Il est sans affiliation politique connue et se dit apolitique. En 1960, professeur de français dans un lycée à Vichy, il a pourtant connu un affrontement plutôt musclé avec un commissaire de police venu ôter la plaque commémorative que les « Amis du maréchal Pétain » avaient apposée devant le bureau occupé par celui-ci pendant la guerre dans un grand hôtel de la ville. Il a brièvement fait parler de lui au sein du monde de la critique littéraire lorsqu'il a proposé en 1961 un article, d'abord anonyme, sur le sonnet Voyelles de Rimbaud, dans lequel il explique que ce sonnet reposait tout entier sur une « mystification ». Chez Faurisson, l'hypercritique des documents, qui conduit systématiquement à rejeter leur authenticité, est élevée au rang de méthode. Il poursuit ainsi son entreprise de « démystification » des œuvres littéraires, proposant notamment une « traduction » en français des Chimères de Nerval après avoir consacré sa thèse de doctorat, soutenue en 1972, à démontrer que Les Chants de Maldoror de Lautréamont n'étaient qu'une « supercherie » dont ont été victimes pendant un siècle « l'immense cortège des dupes » où l'on compte « quelques-uns des plus grands noms de la littérature, de la critique et de l'Université ». Dans le livre issu de cette thèse (A-t-on lu Lautréamont ?, Gallimard, 1972), où il expose sa théorie, Faurisson évoque au passage les « mythes encore plus extravagants » suscités par la Seconde Guerre mondiale, en ajoutant qu'« il ne fait pas bon s'y attaquer » parce qu'« on court quelque risque à vouloir démystifier ».
Il s'y attaque néanmoins, à partir du milieu des années 1970, jusqu'à inonder les rédactions de journaux, en 1978, d'un texte polycopié contenant ce qu'il appelle les « conclusions des auteurs révisionnistes », parmi lesquels figure en bonne place Paul Rassinier, […]
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