6. Entre tentative de légitimation académique et coups médiatiques
Depuis l'affaire Faurisson, tous les efforts des négationnistes se sont portés sur des opérations médiatiques préparées selon une double stratégie : celle de la légitimation et celle du scandale, « agent par excellence de la dissolution du consensus » (P. Loraux).
Sur le premier terrain, l'Université constituait une cible essentielle pour le succès de leur entreprise. En témoigne, en 1985, la tentative, soutenue par Faurisson et ses alliés de La Vieille Taupe, de faire obtenir à Nantes, grâce à un jury de complaisance, une thèse d'université à un négationniste. Ingénieur agronome à la retraite inscrit en histoire à l'université de Paris-IV, le candidat, Henri Roques, prétend, en usant des procédés hypercritiques systématiquement pratiqués par Faurisson, ôter tout crédit au témoignage portant sur les chambres à gaz de l'officier SS Kurt Gerstein. Roques se garde bien alors de rappeler son passé chargé de militant d'extrême droite, notamment le fait que, de 1953 à 1956, il avait été, sous le pseudonyme d'Henri Jalin, le secrétaire général d'un mouvement ouvertement fasciste et raciste, la Phalange française. Le jury de Nantes lui accorde la mention « très bien ». Trois de ses membres, son président, le germaniste de l'université de Lyon III Jean-Paul Allard, le directeur de thèse, Jean-Claude Rivière, professeur de littérature médiévale à Paris-IV, et le père mariste Pierre Zind, professeur d'histoire des religions à Lyon-II, sont liés au Groupement de recherche et d'étude pour la civilisation européenne (G.R.E.C.E.), principale organisation de la « nouvelle droite ». Le scandale n'éclate qu'au début de 1986, mais la tentative de légitimation est finalement déjouée : après une enquête révélant de multiples irrégularités dans l'inscription universitaire ainsi que dans la préparation et la soutenance de la thèse (dont une fausse signature, sur le procès-verbal de délibération, d'un membre du jury absent de la souten […]
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