On appelle communément molinisme la doctrine de la liberté et de la grâce enseignée par l'ouvrage de Luis de Molina intitulé Concordia liberi arbitrii cum gratiae donis(1588). Mais il existe un molinisme d'avant Molina ; le fond du débat est bien antérieur à l'ouvrage du jésuite espagnol et, sans qu'il soit nécessaire de remonter aux controverses entre Pélage et saint Augustin, on peut le rattacher aux origines théologiques de la Réforme de Luther et à l'effort des premiers théologiens jésuites pour proposer alors une doctrine de la grâce qui garantisse la liberté humaine. L'élément le plus important de ce système, la « science moyenne », est dû à Pedro da Fonseca, qui enseigna la théologie à Coïmbre (Portugal), où Molina le connut : Fonseca définit vers 1565 la science moyenne comme une connaissance, antérieure au décret divin de prédestination, que Dieu aurait de l'usage que chacun fera des dons de grâce à lui accordés. Certains dominicains, tâchant de concilier Thomas d'Aquin avec Duns Scot, enseignèrent aussi que la liberté consiste en ce que la volonté n'est pas déterminée : la liberté pourrait même être alors cause matérielle de la justification. Le grand maître […]
