Michel de Certeau avait un goût profond de l'ailleurs qui était un désir de cerner et d'analyser le présent. Il lui fallait sans cesse parcourir d'autres lieux, livres ou pays, pour dire où nous sommes et qui nous sommes, et nommer l'étranger qui nous hante. « L'historien parcourt les bords de son présent », écrivait-il. Chez lui, le goût de l'autre coïncide avec la recherche de l'intelligibilité ; l'intérêt pour l'événement est identique au mouvement même de la pensée. « C'est l'altérité [ce qui arrive d'autre] qui crée la césure grâce à laquelle peut s'instaurer une compréhension différente » (L'Absent de l'histoire, 1973).
1. Une quête de l'autre
Michel de Certeau a traversé la plupart des champs d'investigation des sciences sociales. On ne peut donc donner ici qu'une image tronquée de son activité multiforme, qui, surtout à partir de 1967, s'est déployée dans de multiples séminaires, contrats de recherche, colloques, réunions de travail, aussi bien en Europe qu'aux États-Unis et en Amérique latine. Michel de Certeau appartint à l'École freudienne de Paris, depuis sa fondation en 1964 par Jacques Lacan jusqu'à sa dissolution en 1980. Il enseigna à l'université de Paris-VIII-Vincennes de 1968 à 1971 dans les U.E.R. de psychanalyse et d'histoire, puis à l'université de Paris-VII-Jussieu dans l'U.E.R. d'anthropologie et sciences des religions, où il dirigea, de 1971 à 1978, un séminaire d'anthropologie culturelle. Professeur titulaire à l'université de Californie à San Diego de 1978 à 1984, il fut nommé, en 1984, directeur d'études à 1'École des hautes études en sciences sociales, où il s'était donné pour programme « L'anthropologie historique des croyances, xviie-xviiie siècle ». De 1964 à 1977, il avait aussi dirigé un séminaire de doctorat à l'Institut catholique de Paris. Jésuite, Michel de Certeau n'a jamais caché cette appartenance ; il refusait simplement que cet attachement intime puisse se surimposer dans le champ des débats intellectuels comme un mode de classement. S […]
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