Michel Butor est né en 1926 à Mons-en-Barœul. Associé vers 1955 à Nathalie Sarraute, à Claude Simon, à Robert Pinget, à Alain Robbe-Grillet, dans un groupe littéraire appelé avec une certaine légèreté « nouveau roman », Michel Butor n'a cessé depuis d'œuvrer solitairement. Les voyages l'ont mené loin de Paris ; les réflexions sur le rôle de la littérature l'ont conduit loin de ce qui était présenté, ou imposé, comme une norme d'écriture ; si bien que son œuvre, après Degrés (1960), s'est trouvée être à l'opposé de ce qui avait été présenté par les théoriciens comme l'inéluctable avenir de la littérature. Après avoir introduit, dans le pseudo-réalisme du « nouveau roman », la volonté de conscience propre au surréalisme, Michel Butor s'est placé « aux antipodes » de la réduction de l'écriture à une littéralité ; puis a déplacé son effort d'attention sur les banlieues des genres littéraires, les lieux des interactions entre critique, fiction et poésie ; avant de se situer « à l'écart » critique du monde, pour maintenir une visée, accomplir sans déviance un projet. Mais se tenir hors des modes passagères, c'est risquer de ne devoir être reconnu que l'œuvre close, son auteur mort.
1. Au temps du « nouveau roman »
Au cours de son Intervention à Royaumont (Répertoire I), Michel Butor a évoqué ses tentations, opposées – celle de la poésie, celle de la philosophie –, et la façon dont le roman lui parut le lieu de leur possible conciliation, quand il commença à écrire. Sa poésie est alors toute dominée par l'œuvre d'André Breton. Les écrits de jeunesse de Butor, dont témoigne la première partie des Travaux d'approche (publiés en 1972), font une place prépondérante à la métaphore, selon les principes de l'esthétique surréaliste. Mais au goût de la trouvaille Michel Butor associe immédiatement l'attention pour les constructions poétiques. Les grands poèmes de Breton, dont l'Ode à Charles Fourier, le mènent à s'interroger sur la composition du monde des images. Utilisant le schéma de l'immeub […]
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