« Une fois venu le moment de la rédaction, c'est en toute conscience que je déclenche le mécanisme ou, si l'on veut, que j'ouvre le robinet du subconscient, disons de la sensation. Ce travail est on ne peut plus volontaire. Une manière presque d'écriture automatique en pleine conscience, c'est-à-dire avec filtrage immédiat des possibles, de ce qui pourrait être développé, et dont je m'efforce de développer une minime partie malgré mon dégoût de tout développement, et du roman en particulier. » Aux côtés de ses grands romans (Passacaille et L'Apocryphe, notamment), Robert Pinget a su donner place à ce qu'on pourrait appeler de « petites » formes, davantage à même de garantir cet espace du possible dont il parle dans ses « Pseudo-principes d'esthétique ». La fiction s'y donne alors comme passage, entrevision, fable suscitée au plus près de l'écriture. Ce qui, outre son goût pour l'écriture théâtrale, le rend proche de Beckett, dont il partage l'humour grinçant.
1. De l'écriture polyphonique à l'aphorisme
Né en 1919 à Genève où il fait ses études de droit, Robert Pinget abandonne une voie toute tracée pour suivre à Paris sa vocation artistique. Après trois années d'atelier et une exposition à Saint-Germain-des-Prés, il opte définitivement pour la littérature.
En dépit de tout ce qu'on a pu écrire contre le terrorisme stérilisant des avant-gardes des années 1950, « l'école » du Nouveau Roman aura donné à Robert Pinget une rigueur certaine. Il n'est que de comparer ses premières tentatives littéraires, pleines de fantaisie, de désinvolture, de naïveté, de parodie (de Entre Fantoine et Agapa, 1951, à Graal flibuste, 1956) aux textes portant véritablement l'estampille des éditions de Minuit pour voir la différence. Le Fiston (1959), Clope au dossier (1961), Quelqu'un (prix Femina 1965) se caractérisent par la complexité de la composition. Le roman avance pour ainsi dire à reculons, l'exposé revenant à chaque instant sur lui-même pour introduire une variante, une hypothèse, un décalage te […]
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