4. À l'écart
L'aventure littéraire de Michel Butor touche, on le voit, tout autant à la critique qu'à la poésie, et concerne également la peinture et la musique. Malgré cette diversité, et la parcellisation récente de ses publications chez un nombre considérable d'éditeurs, c'est, à la lire, le sentiment d'unité qui l'emporte. Chaque ouvrage s'organise minutieusement, accordant de ce fait à l'improvisation une place qu'elle n'aurait pas si le système d'écriture était totalement libre ; de la même façon, l'œuvre tout entier semble avoir été conçu préalablement à toute réalisation, d'une façon si dominée que des « commandes » particulières et contingentes prennent une place nécessaire. À la fois outil de captation sensible et instrument d'interprétation, la production de Michel Butor est considérée aujourd'hui comme inclassable (elle perturbe les classements) et inassimilable (elle ne peut être circonscrite : tout lui est matière). Mais le nom de Michel Butor, par son intermédiaire, désigne une attitude d'esprit nouvelle : notre comportement est lié à des savoirs innombrables ; mais ce n'est pas en établissant des collections ou en construisant des magasins de curiosités que nous verrons plus clair en nous. Si nous faisons porter notre attention sur un objet isolé, notre pensée nous rend le monde inintelligible. Éviter d'isoler un problème, mais le situer dans le plus vaste environnement, construire des réseaux de relations procédant par « degrés », afin de tourner les censures qui sont les manifestations de nos craintes, telle est l'utilité de la littérature. Aussi, si formelle que puisse être sa construction, son intention est-elle d'ordre éthique : la littérature doit être le lieu où, en maintenant contre l'isolement la possibilité d'universalité, s'élabore un meilleur état de conscience humaine. Cela concerne donc la collectivité, et tend à la transformation de notre façon de la concevoir.
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