2. Entre photographie et néon
La photographie, que Martial Raysse emprunte à la publicité ou à ses propres clichés, en rendant hommage à la beauté féminine, lui permet d'exploiter la mise à plat de la réalité qu'elle autorise. Ainsi naissent Souviens-toi de Tahiti (1963, Louisiana Museum of Modern Art, Humlebaek) – dans une vision idyllique de bord de mer, l'artiste intègre à la sérigraphie sur toile un parasol et un ballon – ou encore Ciné (1964, Museum moderner Kunst, Stiftung Ludwig, Vienne).
À la même époque Martial Raysse, en artiste prodige qui multiplie les audaces, découvre les possibilités offertes par le néon, dont il dit : « Le néon c'est la couleur vivante, une couleur par-delà la couleur... avec le néon, vous pouvez projeter l'idée de couleur en mouvement, c'est-à-dire un mouvement de la sensibilité sans agitation. » Avec le néon, il souligne les lèvres d'une femme, et, dans le domaine de la sculpture l'associe à du plexiglas et du métal pour réaliser Encore un instant de bonheur (1965, Stedelijk Museum, Amsterdam). Sculpteur encore, il rend un hommage lumineux et vibrant à l'Amérique avec America, America (1964, Musée national d'art moderne, Centre Georges-Pompidou, Paris). Aux États-Unis, il devient très vite une des vedettes de la jeune avant-garde associée au pop art. De ce côté-ci de l'Atlantique, le Stedelijk Museum d'Amsterdam lui consacre une importante rétrospective en 1965, comme deux ans plus tard le musée des Beaux-Arts de Bruxelles. Il n'a pas trente ans. À partir de l964, Martial Raysse réalise une série d'œuvres où l'image qui lui sert de support n'est plus celle de très jolies jeunes femmes mais celle de certaines grandes œuvres des musées comme le Bain Turc ou La Grande Odalisque d'Ingres (1964, Fait au Japon, Hirshhorn Museum, Washington), dont la peau est devenue d'un vert strident assorti de quelques plumes.
Dès cette époque, l'artiste, s'il inscrit son œuvre dans la modernité, n'en porte pas moins une attention particulière à la grande tradition de la peinture. En 1967, Martial Raysse découvre les nouveaux moyens audiovisuels ainsi que le cinéma, dont il dit : « J'ai donc utilisé les moyens du cinéma pour poursuivre un dialogue que je pratiquais grâce à la peinture... Le cinéma m'a permis de dépasser cet environnement statique pour y incorporer le mouvement, le son... » Il réalise plusieurs courts-métrages et un film, Le Grand Départ (1970), qui raconte l'histoire du chien Caïn qui abandonne une vie d'expédients pour s'installer dans une communauté paradisiaque.
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