Si la figure du chimiste suédois Jöns Jacob Berzelius brille d'un particulier éclat aux yeux de l'historien des sciences, c'est qu'il a été le législateur écouté du discours scientifique élaboré par Lavoisier. C'est à Berzelius qu'on doit les conceptions et les formulations qui ont permis à la chimie de trouver un système de représentations. Son rayonnement s'étendit de la Suède sur toute l'Europe, et plus spécialement sur les pays germaniques. À un sens aigu de la systématisation théorique exactement informée des recherches d'autrui, il sut joindre un grand tact d'expérimentateur et d'analyste. Berzelius est surtout connu pour avoir donné ses assises à la théorie atomique, mais il a également conféré un statut scientifique à la chimie organique. Il a en outre découvert deux éléments, le sélénium et le thorium, et a isolé les alcalino-terreux, calcium, strontium, baryum, ainsi que le tantale, le silicium, le vanadium et le zirconium. On lui doit enfin d'avoir défini les notions fondamentales d'isomérie et de catalyse.
1. La codification du système atomique
Berzelius a pleinement développé le projet de la chimie lavoisienne qui se fonde sur le choix de la masse comme invariant. Mais ses recherches, qui ont abouti à la publication en 1818 d'une première table de masses atomiques, procèdent plus particulièrement des spéculations de Dalton. Celui-ci avait réactivé en 1803 l'antique notion d'atomes dans une théorie des gaz proche de celle de Lavoisier. L'hypothèse atomique fut exposée, d'abord en 1807, dans une réédition du System of Chemistry de T. Thomson, puis développée l'année suivante par Dalton lui-même dans son New System of Chemical Philosophy. Dans ses vues, la matière est constituée de particules élémentaires indestructibles ; les phénomènes chimiques résultent de la diversité avec laquelle se groupent ces atomes dont chaque variété spécifie un élément ; les divers atomes diffèrent primordialement par leur masse ; les composés, enfin, sont des associations en proportions définies et constantes d'un petit nombre d'a […]
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