2. La classification électrochimique
La fascination qu'exerçaient, à la fin du xviiie siècle, les phénomènes électriques est à l'origine de plusieurs tentatives d'interprétation de l'affinité chimique. Ritter avait remarqué que la sériation des métaux par Volta, dans l'ordre des tensions de contact, coïncide avec la série des affinités pour l'oxygène. Cependant, l'électrolyse se révélait un puissant agent de décomposition ; en 1806, Davy prépare le potassium en électrolysant directement la potasse en plaque, avant d'isoler d'autres métaux avec une électrode en mercure, selon une technique indiquée par Berzelius. En 1804, le physicien danois Œrsted avait incorporé les phénomènes électriques dans une théorie de la combustion. Berzelius réunit les conceptions électrochimiques de ses contemporains en un corps doctrinal qui pèsera longtemps sur l'enseignement de la chimie minérale. Selon ses vues, les atomes sont dotés d'une bipolarité électrique variable, excepté l'oxygène qu'il tient pour constamment électronégatif. Le signe électrique de chaque élément est déterminé par un pôle dominant, et les composés associent, dans son hypothèse, des éléments ou des groupes d'éléments de signes électriques opposés. Il fut ainsi amené à classer les éléments selon la progression de leurs propriétés positives, de sorte que ceux qui se trouvaient vers le milieu de la série présentaient des propriétés électrochimiques peu affirmées. Mais, pour Berzelius, la polarité électrique devait également être étendue à des groupements d'atomes, où l'oxygène conservait un rôle directeur. C'est ainsi qu'il interprétait la formation des sels par la combinaison de deux oxydes, l'un métallique, ou oxyde basique, électropositif, et un oxyde non métallique, acide et électronégatif (le sulfate de baryum s'écrit, dans cette conception, BaO. SO3). Si la science moderne devait avaliser la conception d'une structure ionique des sels, en revanche l'idée, héritée de Lavoisier, que Berzelius se faisait de l'imposition du caractère acide par l'oxygène était récusable dès 1809, quand Gay-Lussac et Thénard eurent démontré que l'acide muriatique (notre acide chlorhydrique) ne contient pas d'oxygène. La théorie dualistique de Berzelius connaîtra cependant d'autres difficultés avec les substitutions dans les radicaux organiques.
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