3. L'hématologie du XXIe siècle
Jean Bernard, fondateur de l'hématologie moderne, a magistralement dépeint dans le texte qui précède les retombées que féconde l'étude du sang, et, bien au-delà de leurs aspects médicaux, les interactions dans des domaines aussi variés que la génétique fondamentale, l'ethnologie, l'anthropologie, l'éthologie. L'objet de ce court additif est de résumer les enrichissements scientifiques de l'hématologie depuis que ces lignes ont été écrites.
L'hématologie conserve le remarquable privilège d'être la discipline par laquelle les découvertes scientifiques et biologiques fondamentales ont prioritairement investi le domaine médical et nourri ses progrès. Faciles à prélever, les cellules du sang se prêtent aux premières applications des techniques nouvelles : génétique chromosomique et moléculaire, biologie des cellules souches, génie génétique, et plus récemment la technologie des « puces » à ADN. Ces technologies d'avant garde et l'importance des investissements qu'elles exigent contribuent à rendre la pratique de l'hématologie dépendante des plateaux techniques de plus en plus complexes et interdisciplinaires.
• Unité ontogénique du sang : les cellules souches hématopoïétiques
La démonstration de l'unité originelle des cellules du sang est issue des expériences de Till et McCulloch (1961). Des souris dont la moelle osseuse est définitivement anéantie par irradiation, décèdent en quelques jours. En revanche, ces souris survivent grâce à l'injection d'une suspension de moelle osseuse d'une souris de même lignée, qui relance l'hématopoïèse (formation des cellules du sang). La moelle osseuse héberge donc un type de cellule capable de reconstituer l'ensemble des cellules du sang. Les cellules souches hématopoïétiques ont six propriétés remarquables : auto renouvellement (reproduction à l'identique) ; totipotence (reconstitution de l'ensemble des cellules du sang) ; nomadisme et mobilité (capacité de coloniser la moelle osseuse, la rate, le foie et le sang dans certaines circonstances) ; transplantabilité (d'un individu à un autre au sein d'une même espèce) ; conservabilité (par congélation, retrouvant ses propriétés après décongélation).
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