4. Religion et pratiques religieuses
La religion officielle des Hausa est l'islam, qui donne forme à la vie familiale (mariages, divorces, périodes de veuvage, etc.) et intellectuelle (enseignement du Qorān par les marabouts). En marge subsistent des restes de l'ancien culte clanique. Le bori, culte à possession, a beaucoup de succès. Son origine est discutée ; selon A. Tremearne, il remonterait au culte antique de Ba'al à Balylone et d'Astarté chez les Phéniciens, où la prostitution était sacrée. Les dyal bori, ou « juments des dieux » hausa, sont en pratique toujours des femmes, dont un bon nombre sont aussi prostituées. J. Nicolas ne pense pas que cette convergence vienne de religions méditerranéennes antiques ; elle serait plutôt le fait de situations actuelles. En effet les prêtresses font passer au second plan le rôle social accepté d'épouse et de mère, y étant d'ailleurs souvent contraintes par la maladie ou la stérilité. Le bori et la prostitution leur procurent un rôle nouveau, marginal, mais accepté en même temps que l'indépendance financière qui permet le défi.
Le bori est fondé sur le panthéon de l'ancienne religion préislamique : chaque initiée prête son corps à quelques-uns des dieux hausa, choisis en fonction de la maladie ou de l'infortune subies et qui sont censées être envoyées par eux. Ainsi une femme stérile se vouera à Kure, le plus puissant de tous, qui l'a rendue telle à cause d'une offense ; elle sera pardonnée en devenant sienne, se livrant à lui sans retour. Plus tard, elle pourra se donner aussi à d'autres divinités choisies d'après ses préférences. Au début de la cérémonie de possession, le dieu est appelé par un battement de tambour qui lui est propre.
Le bori semble être une adaptation de l'ancienne religion à la situation créée par l'islam. Dans le culte antérieur, les possessions n'étaient pas nécessaires parce que les dieux étaient présents dans la vie quotidienne. À l'opposé, Allah est loin des hommes, ce qui a fait naître le désir de manifestations sensibles du surnaturel. Les dyal bori jouent donc un rôle social utile. De leur point de vue personnel, elles compensent leurs malheurs par un certain prestige, et par un « défoulement » psychologique qui se communique à leurs spectateurs, à la façon d'un psychodrame. De plus, comme on ne refuse jamais l'appel des dieux, et que l'engagement est définitif, le besoin d'un lien permanent, que le mariage polygyne et provisoire ne peut combler, est satisfait par le bori.
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